Après plusieurs années d’une inflation modérée voire quasi nulle, le Japon connaît depuis plusieurs mois une remontée progressive des prix à la consommation. Selon les données officielles publiées ce vendredi par le ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications, l’inflation hors produits frais s’est élevée à 1,8% en mars, accélérant sensiblement par rapport au 1,6% constaté le mois précédent. Cet indicateur, suivi de près par la Banque du Japon, reste toutefois encore en deçà de l’objectif de 2% fixé par l’institution monétaire.

La hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation figure une nouvelle fois parmi les principaux moteurs de cette accélération. Le renchérissement du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux continue de se répercuter dans les factures des ménages nippons, tandis que les prix de nombreux produits agricoles importés restent élevés en raison de la faiblesse persistante du yen. Résultat : les Japonais voient le coût de la vie augmenter, notamment dans leur budget alimentaire et énergétique, des postes incompressibles pour de nombreux foyers.

Face à cette situation, certains économistes s’inquiètent d’un phénomène d’inflation importée, mal maîtrisée par la politique monétaire du pays. « La poussée actuelle sur les prix n’est pas uniquement la conséquence d’une hausse de la demande, mais bien d’un renchérissement des matières premières et d’un affaiblissement du yen, ce qui pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages », analyse Kenji Yamazaki, économiste au centre de recherches Nomura. Il souligne que cette inflation, plus subie que recherchée, ne s’accompagne pas d’une hausse équivalente des salaires, ce qui rend le phénomène d’autant plus sensible au niveau social et politique.

Du côté de la Banque du Japon, l’accélération de l’inflation remet sur la table la question du calendrier pour un éventuel changement de cap monétaire. Depuis plus d’une décennie, la BoJ mène une politique ultra-accommodante avec des taux d’intérêt très bas voire négatifs, afin de lutter contre la déflation et stimuler l’activité. Mais la remontée persistante des prix pourrait l’amener à reconsidérer ce positionnement, d’autant que l’économie japonaise montre par ailleurs quelques signaux de résistance, avec un marché du travail relativement stable.

Pour autant, la trajectoire de la politique monétaire reste entourée d’incertitudes. « Si la Banque du Japon décidait de relever ses taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, elle risquerait aussi de peser sur la croissance, qui demeure fragile en sortie de pandémie et dans un contexte mondial incertain », rappelle Aiko Tanaka, analyste chez Daiwa Securities. De plus, le gouvernement doit composer avec une population vieillissante, dont de nombreux retraités sont particulièrement sensibles aux hausses de prix du quotidien.

Face à ces arbitrages complexes, l’exécutif s’efforce pour l’instant de soutenir les ménages les plus exposés à la hausse des prix à travers des aides ciblées et des mesures de contrôle des prix sur certains produits essentiels. Reste à voir si ces dispositifs suffiront à contenir le mécontentement grandissant dans une société habituée pendant des décennies à une inflation faible, voire nulle. L’évolution de la situation sera scrutée de près ces prochains mois, alors que l’ensemble de la région Asie-Pacifique fait également face à une pression inflationniste croissante.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *