C’est une décision qui fera date dans le domaine du droit du travail. Dans un récent arrêt, la Cour de cassation est venue préciser que seule l’initiative du salarié permet de demander en justice la requalification d’un contrat à durée déterminée (CDD) en contrat à durée indéterminée (CDI). Un éclaircissement jurisprudentiel qui confirme la protection accordée au salarié face au risque d’abus du recours aux CDD par les employeurs.\n\n
Dans son jugement, la plus haute juridiction française a été amenée à se prononcer sur un cas où un employeur, suite à des irrégularités constatées sur la succession de CDD d’un salarié, avait tenté d’anticiper une éventuelle action en justice en prenant l’initiative de demander lui-même la requalification en CDI. Une stratégie destinée, selon certains spécialistes, à limiter les risques financiers en contrôlant le calendrier ou les modalités du litige. Mais pour la Cour de cassation, la réponse est sans ambiguïté : seul le salarié détient le droit d’engager une telle démarche auprès du conseil de prud’hommes.\n\n
Cette décision s’inscrit dans la continuité de la volonté du législateur de préserver l’équilibre dans la relation contractuelle de travail. Le code du travail encadre de manière stricte les conditions de recours au CDD, rappelant leur caractère exceptionnel et la nécessité de garantir au salarié une sécurité de l’emploi. L’article L1245-2 du Code du travail stipule déjà que le conseil de prud’hommes peut requalifier un CDD en CDI « à la demande du salarié », en cas de méconnaissance des règles relatives à la conclusion ou au renouvellement du contrat.\n\n
Or, à plusieurs reprises, des employeurs ont cherché à devancer d’éventuelles contestations, parfois en réaction à des contrôles de l’administration sur leur gestion des contrats courts, en saisissant eux-mêmes la justice sur ce terrain. La Cour de cassation rappelle désormais très clairement que le législateur n’a pas prévu cette faculté et que cette initiative serait contraire à l’esprit protecteur de la législation. « Permettre à l’employeur d’anticiper une action du salarié aboutirait à priver ce dernier de son droit de choisir le moment opportun pour agir et de bénéficier des délais légaux de prescription », souligne la décision.\n\n
Pour les praticiens du droit du travail, cette clarification est accueillie favorablement. Maître Claire Dubois, avocate en droit social, analyse : « Cela redonne au salarié la maîtrise de ses droits et évite que l’employeur ne puisse retourner l’arme de la requalification contre lui, notamment pour couper court à une éventuelle indemnisation ou pour des motifs stratégiques. » Cette jurisprudence pourrait également contraindre davantage les entreprises à la vigilance sur la gestion des contrats courts, sous peine de s’exposer à des litiges coûteux en cas de manquements.\n\n
Pour rappel, la requalification d’un CDD en CDI n’est pas une mince affaire pour l’employeur : il en résulte pour lui de multiples conséquences, notamment l’obligation de verser une indemnité spécifique au salarié, ainsi que toutes les garanties attachées au CDI, notamment en termes de protection contre le licenciement. La décision de la Cour limite aussi le risque de fraudes ou de manipulations provenant du côté patronal, en recentrant l’initiative sur celui dont les droits sont potentiellement lésés.\n\n
En conclusion, la Cour de cassation réaffirme le principe fondamental de l’ordre public social : dans la relation de travail, c’est au salarié, et à lui seul, qu’il appartient de revendiquer la stabilité de son emploi. Un message fort adressé aux entreprises et une nouvelle pierre à l’édifice d’un droit du travail résolument protecteur pour les salariés.
