La liquidation judiciaire de Brandt, symbole industriel français du gros électroménager, continue de susciter l’émoi près de deux ans après sa fermeture. Plusieurs ex-salariés de l’entreprise, désireux de faire valoir leurs droits et de pointer les failles dans la gestion du dossier, s’engagent désormais sur la voie judiciaire en contestant la régularité de la procédure de liquidation. Ils mettent en avant des arguments laissant penser que la disparition de leur entreprise aurait pu être évitée.
Pour beaucoup d’observateurs et de spécialistes de l’industrie, la chute de Brandt n’était pas une fatalité. L’entreprise, qui employait plus de 1 200 personnes sur ses différentes implantations françaises avant sa fermeture en 2022, était considérée comme référence nationale sur le marché des équipements ménagers. Malgré plusieurs plans sociaux sur la dernière décennie et une concurrence internationale de plus en plus forte, Brandt restait un acteur reconnu et possédait encore des parts de marché significatives.
Les salariés expliquent aujourd’hui que, contrairement au discours officiel avancé lors de la procédure, la liquidation n’aurait pas été inéluctable. Leur avocat s’appuie notamment sur des éléments financiers et industriels qui suggèrent que Brandt disposait encore de marges de manœuvre, à condition d’aller chercher des soutiens ou de revoir sa stratégie. Selon lui, la direction du groupe et les administrateurs judiciaires n’auraient pas suffisamment exploré les alternatives possibles, comme la recherche de nouveaux investisseurs ou l’étude approfondie de plans de redressement.
Plusieurs ex-salariés assurent n’avoir été informés que tardivement du gouffre dans lequel l’entreprise avait plongé et dénoncent un manque de communication. Certains affirment qu’ils n’ont découvert l’ampleur des difficultés qu’au moment où la liquidation a été officiellement annoncée devant le tribunal de commerce, malgré des signaux pourtant perceptibles depuis plusieurs mois. Une situation qui, selon eux, aurait pu permettre un sursaut, voire une mobilisation des acteurs locaux, des repreneurs potentiels ou des pouvoirs publics, si elle avait été gérée avec davantage de transparence.
Ce sentiment d’abandon se double d’une vive incompréhension face au sort réservé à certains savoir-faire et lignes de production. Des machines et outils spécialisés, jugés stratégiques dans l’industrie électroménagère française, auraient été bradés ou envoyés à la casse, alors que plusieurs repreneurs potentiels s’étaient manifestés selon les ex-salariés. D’autres regrettent que la marque elle-même, longtemps associée au « made in France » et à l’innovation, n’ait pas fait l’objet d’une protection plus appuyée auprès des autorités compétentes.
Au cœur du litige désormais porté devant les tribunaux, les ex-salariés ne réclament pas seulement une compensation individuelle. Ils souhaitent aussi, à travers leur action, alerter sur les insuffisances et les défaillances des mécanismes d’accompagnement des entreprises françaises en difficulté. Leur objectif : faire reconnaître devant la justice le caractère « évitable » de la liquidation et, à terme, encourager une meilleure anticipation des crises dans l’industrie, afin d’éviter que d’autres sites stratégiques ne subissent le même sort que Brandt.
Dans un contexte marqué par de multiples défaillances d’entreprises industrielles ces dernières années, l’initiative des anciens de Brandt pourrait faire jurisprudence, alors que monte la pression sur les pouvoirs publics pour mieux protéger l’emploi industriel en France.
