Le marché européen des utilitaires électriques connaît une envolée spectaculaire, confirmant l’accélération de la transition énergétique dans le secteur du transport professionnel. Pourtant, malgré ce dynamisme, le moteur diesel conserve une position dominante, traduisant la complexité de la mutation en cours dans la logistique et les services.
Au premier semestre 2024, les ventes d’utilitaires électriques ont enregistré une croissance jamais observée jusqu’ici, selon les derniers chiffres publiés par les associations professionnelles du secteur. Dans plusieurs pays de l’Union européenne, la part de marché des véhicules utilitaires dépourvus de moteur thermique dépasse désormais les 15 %, contre à peine 8 % l’an dernier à la même période. Cette progression spectaculaire s’explique par plusieurs facteurs, parmi lesquels la mise en application de normes environnementales plus strictes dans les grandes métropoles, des politiques publiques incitatives et l’élargissement de l’offre des constructeurs.
La multiplication de zones à faibles émissions (ZFE), qui restreignent progressivement l’accès des véhicules polluants aux centres-villes, agit clairement comme un accélérateur. De plus en plus d’entreprises du secteur de la livraison, du bâtiment ou encore du commerce de proximité sont désormais contraintes d’intégrer des utilitaires 100 % électriques dans leurs flottes afin de respecter les réglementations locales. Parallèlement, les aides à l’achat, sous forme de primes ou d’avantages fiscaux, rendent ces modèles plus abordables financièrement, alors que leur prix catalogue reste nettement supérieur à celui des modèles diesel équivalents.
Les constructeurs automobiles ont eux aussi contribué à cette dynamique en enrichissant rapidement leur catalogue de modèles électriques ou hybrides rechargeables à destination des professionnels. De Renault à Volkswagen, en passant par Stellantis ou Ford, aucun grand nom n’ignore ce segment en devenir. Certains proposent désormais des utilitaires offrant près de 300 kilomètres d’autonomie et une capacité de chargement proche de celle de leurs modèles à moteur thermique, répondant ainsi à la préoccupation majeure des utilisateurs.
Néanmoins, le basculement du marché demeure à ce stade inachevé. Les véhicules équipés de moteurs diesel représentent toujours plus de 70 % des immatriculations d’utilitaires neufs dans l’Union européenne. Plusieurs obstacles freinent encore la montée en puissance du tout-électrique. Le prix d’achat, bien qu’atténué par les aides, reste souvent dissuasif pour les TPE et les indépendants. L’implantation des infrastructures de recharge s’avère également inégale d’un pays à l’autre, avec de grandes disparités entre les zones urbaines, parfois bien équipées, et les territoires ruraux, où les bornes restent rares.
La question de l’autonomie réelle des véhicules, surtout lorsqu’ils sont lourdement chargés, pèse aussi sur les décisions d’investissement des professionnels. Nombre d’entre eux préfèrent encore la fiabilité éprouvée du diesel, considérée comme plus adaptée aux usages intensifs et aux longues distances. Selon certains acteurs du secteur, seule la généralisation de solutions de recharge rapide, conjuguée à de nouvelles baisses de coût de l’électrique, permettra d’inverser la tendance.
À court et moyen terme, la coexistence entre motorisations traditionnelles et électriques devrait donc perdurer. Mais tous les experts s’accordent à reconnaître que le rythme du changement s’accélère et que le seuil de bascule pourrait être franchi d’ici la fin de la décennie, à condition que la réglementation, la technologie et les infrastructures progressent de concert. Quoi qu’il en soit, la mutation du parc utilitaire européen est bel et bien amorcée, et le diesel voit désormais son avenir de plus en plus remis en question.
