La prestigieuse université Harvard est au cœur d’une polémique depuis l’invitation, dans le cadre d’une conférence, d’une entrepreneure ayant bâti sa notoriété – et sa fortune – sur la plateforme OnlyFans. Ce choix, qui a déclenché de vives discussions tant sur le campus qu’au sein de la sphère publique, interroge les frontières de la légitimité entrepreneuriale à l’heure des nouveaux métiers du numérique, et l’acceptabilité sociale de certaines activités économiques jugées taboues.
En posant la question de la porosité entre contenu pour adultes, entrepreneuriat et enseignement supérieur, l’événement entendait ouvrir la réflexion sur la diversification des modèles économiques à l’ère d’internet. La créatrice invitée, forte de plusieurs centaines de milliers d’abonnés sur sa page OnlyFans, a exposé son parcours au sein d’un secteur souvent stigmatisé. Selon elle, « c’est peut-être tabou mais ça reste un business », soulignant les compétences spécifiques requises pour monétiser du contenu en ligne, fidéliser une communauté et gérer une microentreprise dans un environnement hautement concurrentiel.
Cette invitation programmée au sein d’un cycle de conférences consacrées à l’entrepreneuriat digital a aussitôt suscité des réactions contrastées. Tandis que certains étudiants et membres du corps enseignant défendent la liberté académique et l’intérêt intellectuel de questionner toutes les formes de business, d’autres s’interrogent sur la pertinence d’offrir une tribune à une activité associée à la sphère du sexe marchand. Des associations étudiantes féministes et certains professeurs ont ainsi exprimé leurs réserves quant au message envoyé par une institution de l’envergure de Harvard, y voyant un risque de banalisation du commerce sexuel et d’exposition des jeunes à des modèles économiques contestés.
Face à la montée de la controverse, l’administration universitaire a défendu le choix du sujet et de l’intervenante, rappelant la mission des universités de confronter les étudiants à la complexité du monde contemporain, y compris dans ses zones grises. « Le but n’est pas de promouvoir tel ou tel secteur, mais d’analyser la réalité de l’entrepreneuriat digital sous toutes ses formes », a déclaré un porte-parole de l’établissement. Celui-ci a également indiqué que la conférence s’inscrivait dans une démarche pédagogique plus large visant à explorer les mutations des économies en ligne, leurs enjeux sociétaux et leurs nouvelles régulations.
La créatrice OnlyFans, habituée à la polémique autour de son activité, a profité de la tribune pour rappeler le rôle central joué par les réseaux sociaux, l’auto-organisation et la gestion de l’image dans le succès d’un business en ligne. Elle a également abordé la gestion des revenus, les stratégies marketing et la nécessité de se conformer à des cadres juridiques de plus en plus précis pour opérer sur ce marché. Un point, selon elle, souvent ignoré quand on caricature le secteur.
En filigrane, la controverse relance le débat sur la reconnaissance institutionnelle de métiers éloignés des modèles économiques dits traditionnels. L’exemple d’OnlyFans cristallise ainsi les tensions entre liberté individuelle, nouvelles formes de création de valeur et responsabilité sociale. Reste que la conférence, loin de clore le sujet, aura eu pour effet de faire émerger sur la place publique une question centrale : jusqu’où les universités doivent-elles accompagner et légitimer ces évolutions du marché du travail ?
