Le monde du jeu vidéo français fait face à une nouvelle déconvenue majeure. Le studio parisien Spiders, connu pour ses titres comme « GreedFall » ou « Steelrising », a été placé en liquidation judiciaire à la suite de sérieuses difficultés financières rencontrées par son actionnaire principal, l’éditeur public Nacon. \n\nFondé en 2008, Spiders s’était progressivement taillé une place singulière sur la scène vidéoludique internationale, grâce à ses productions de jeux de rôle ambitieux, caractérisés par leurs univers originaux et leur narration travaillée. Racheté par Nacon en 2019, le studio avait poursuivi le développement de projets d’envergure, à l’image de « GreedFall II », dont la sortie était initialement prévue pour 2024. Mais les revers économiques de sa maison-mère ont fini par précipiter la chute du studio. \n\n« C’est un gros gâchis, commente un ancien collaborateur sous couvert d’anonymat. Nous avions encore beaucoup à offrir. » L’annonce de la liquidation, officialisée le 11 juin dernier par le tribunal de commerce de Paris, fait écho aux difficultés rencontrées depuis plusieurs trimestres par Nacon. Sur l’exercice 2023-2024, la société cotée a enregistré des revenus bien inférieurs aux attentes, plombés par des ventes de jeux décevantes et l’inflation des coûts de développement. Dans ce contexte, Nacon a arbitré en faveur d’un recentrage drastique de ses activités, sacrifiant plusieurs de ses filiales les plus en difficulté. \n\nLa décision de placer Spiders en liquidation judiciaire est vécu comme un coup dur par les salariés, dont la majorité – près de 70 personnes – devrait être licenciée. « Il y avait encore une vraie dynamique créative », regrette une développeuse. « On sentait bien la pression financière, mais on espérait garder à flot le studio, peut-être en trouvant un repreneur. » Les tentatives de cession de Spiders n’auront finalement pas abouti à temps pour éviter la cessation de paiement. \n\nDans le secteur du jeu vidéo, la nouvelle a suscité de nombreuses réactions attristées, tant Spiders incarnait l’une des rares structures françaises capables de produire des jeux à la fois ambitieux et porteurs de l’identité européenne. Beaucoup pointent du doigt la fragilité du modèle économique reposant sur des éditeurs cotés, eux-mêmes exposés aux aléas des marchés et à la volatilité du secteur. \n\nSi certains observateurs estiment que la disparition du studio marque la fin d’un cycle, d’autres veulent croire en la résilience des professionnels français du jeu vidéo. Plusieurs employés de Spiders réfléchiraient déjà à fonder de nouveaux studios indépendants. En attendant, la liquidation de Spiders illustre, une fois de plus, la difficulté pour les studios de taille moyenne de survivre dans un marché soumis à la concentration des investissements et à la concurrence internationale effrénée. \n\nPour les amateurs, c’est aussi la crainte de voir s’éteindre une voix originale, alors que les grosses productions standardisées s’imposent de plus en plus sur les étals. « Spiders s’efforce toujours d’inventer des univers singuliers », note un critique du secteur. Malgré la liquidation, son héritage pourrait néanmoins survivre à travers les créateurs dispersés, qui auront contribué à écrire l’histoire contemporaine du jeu vidéo français.

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