Dans un contexte budgétaire sous pression, le ministère de l’Économie a invité l’ensemble des ministères à faire preuve de retenue en matière de recrutements et de gestion de leurs ressources humaines. L’objectif affiché par Bercy est clair : limiter la progression des effectifs publics, dans le cadre d’une stratégie plus large de maîtrise des dépenses afin de réduire le déficit public de la France.

Selon plusieurs sources concordantes, un message a été adressé récemment par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le ministre de la Fonction publique Stanislas Guerini aux différents membres du gouvernement. Ce message met l’accent sur la nécessité que chaque ministère contribue à l’effort de maîtrise des finances publiques, en évitant toute croissance « incontrôlée » du nombre d’agents publics. Si le gouvernement exclut pour l’heure de déclencher une vague massive de suppressions de postes, la priorité est donnée à la limitation des créations de nouveaux emplois, ainsi qu’à la gestion rigoureuse des remplacements en cas de départs.

« Dans une période où la soutenabilité de la dépense publique est un enjeu majeur, l’exemplarité de l’État en matière de gestion de ses effectifs s’avère essentielle », souligne une source proche du dossier. Cette volonté politique intervient alors que la France, confrontée à une trajectoire de déficit persistante après la crise Covid, s’est engagée auprès de ses partenaires européens à ramener rapidement son déficit public sous la barre des 3 % du produit intérieur brut (PIB), contre près de 5,5 % prévu cette année.

Cette orientation devrait se traduire par des consignes fermes lors de la préparation du projet de loi de finances pour 2025. Les ministères devront justifier toute demande d’augmentation d’effectifs dans leurs administrations, en apportant la preuve d’une nécessité absolue liée, par exemple, à des missions prioritaires comme la sécurité ou la transition écologique. Selon un haut fonctionnaire du ministère des Finances, il en va de la crédibilité de l’État vis-à-vis tant des marchés que de la Commission européenne.

Dans les administrations, ces instructions sont accueillies avec une forme de résignation. De nombreux services anticipaient déjà un ralentissement des ouvertures de postes compte tenu du contexte macroéconomique et budgétaire. Les syndicats de la fonction publique, pour leur part, s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir cette politique sur la qualité des services rendus à la population et sur les conditions de travail des agents. Ils redoutent notamment que la non-remplacement systématique d’un départ à la retraite sur deux, mesure évoquée par certains, ne fragilise encore davantage des secteurs déjà sous tension, comme l’éducation ou la santé.

Du côté de Bercy, on insiste sur le fait que cette décision n’est « en aucun cas un gel total des effectifs », mais un appel à la responsabilité. La volonté du gouvernement est d’ouvrir un dialogue avec les ministères afin de trouver des marges de manœuvre sans compromettre le bon fonctionnement des missions essentielles de l’État. À l’approche de l’examen budgétaire au Parlement à l’automne, l’Élysée et Matignon suivent attentivement ce dossier sensible, conscients qu’il s’agira d’un des marqueurs de la crédibilité financière du quinquennat.

Reste à savoir comment les arbitrages, qui devront être actés dans les prochaines semaines, viendront affecter concrètement les effectifs de l’État l’an prochain. Un point d’étape devrait être réalisé d’ici la rentrée, avant la présentation du budget 2025, pour mesurer l’impact des mesures demandées et ajuster, le cas échéant, la trajectoire de la dépense publique.

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