Le marché automobile français connaît une conjoncture morose, mais un segment tire remarquablement son épingle du jeu : celui des véhicules électriques. Alors que l’ensemble du secteur fait face à des difficultés persistantes, les ventes de véhicules électriques enregistrent une progression fulgurante, inscrivant un nouveau chapitre dans la transformation de l’industrie automobile.
Au cours du premier semestre 2024, les chiffres communiqués par le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA) témoignent du dynamisme de l’électrique. Les immatriculations de voitures particulières neuves n’affichent qu’une faible hausse de 3 % sur la période, bien loin de la croissance à deux chiffres qui animait encore récemment le secteur. En revanche, les véhicules électriques ont vu leurs ventes bondir de près de 40 %, pour s’établir à près de 180 000 exemplaires. Une progression d’autant plus notable que le reste du marché, dominé par les motorisations thermiques classiques, reste quasiment à l’arrêt, pénalisé par l’inflation et une confiance des ménages en berne.
Dans ce contexte tendu, la part de marché des véhicules électriques atteint aujourd’hui près de 20 % des immatriculations. Il y a encore trois ans, ceux-ci ne représentaient que 6 % de l’ensemble des ventes. Favorisée par le renforcement des contraintes réglementaires liées aux émissions de CO2, et la mise en place de primes à l’achat attractives par les pouvoirs publics, l’électromobilité s’est imposée comme un pilier de la stratégie industrielle des principaux constructeurs européens.
À l’origine de cette progression fulgurante, plusieurs facteurs convergent. L’offre s’est considérablement enrichie : la quasi-totalité des constructeurs, de Renault à Stellantis en passant par Volkswagen, multiplient les modèles électriques, couvrant toute la gamme du marché, de la citadine à la berline premium. Parallèlement, les obstacles qui freinaient jusqu’alors les consommateurs semblent progressivement s’effacer : le maillage des bornes de recharge sur le territoire s’améliore, et l’autonomie des batteries atteint désormais entre 350 et 500 kilomètres pour la majorité des modèles.
Le profil des acquéreurs évolue également. S’il y a peu, seuls les ménages les plus aisés pouvaient se permettre d’investir dans un véhicule électrique, la baisse progressive des prix et le développement d’offres de location rendent désormais l’électrique accessible à une clientèle élargie. « Nous observons une démocratisation du véhicule électrique, notamment grâce aux formules de leasing social subventionnées », analyse Delphine Dervaux, analyste chez Inovev. Les professionnels ne sont pas en reste : flottes d’entreprise et loueurs investissent massivement, poussés par des obligations de verdissement et la perspective d’économies substantielles à long terme.
Cette nouvelle dynamique ne doit toutefois pas masquer certains points de tension persistants. Si la demande demeure soutenue, la hausse des coûts de production, liée notamment au cours des matières premières et à la tension sur l’approvisionnement des batteries, exerce une pression sur la rentabilité des constructeurs. Par ailleurs, la question du recyclage des batteries et l’empreinte carbone des filières de fabrication commencent à susciter de nouveaux débats, alors que les écologistes appellent à une transition plus vertueuse.
Au final, malgré la morosité qui continue de peser sur l’ensemble des ventes automobiles, la montée en puissance des véhicules électriques s’impose comme le principal moteur du secteur. Ils prennent résolument le relais dans un marché en transition, où se dessine le futur de la mobilité en France.
