C’est un tournant décisif pour l’avenir de l’énergie nucléaire en France : le gouvernement a officiellement donné son accord pour le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Fessenheim, située dans le Haut-Rhin. Cette décision, très attendue par les parties prenantes, marque la dernière étape administrative d’un long processus entamé il y a plusieurs années et met un point final à l’histoire du plus ancien site nucléaire français en activité.
La centrale de Fessenheim avait cessé de produire de l’électricité en 2020, dans la foulée des engagements pris par le gouvernement pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité nationale. Mise en service en 1977, elle a vu au fil des décennies s’accumuler les débats sur sa sûreté, son impact environnemental et son avenir. Après l’arrêt progressif de ses deux réacteurs, intervenu entre février et juin 2020, le chantier du démantèlement pouvait officiellement s’ouvrir, restait alors à obtenir le feu vert définitif de l’exécutif, condition sine qua non au lancement de la phase technique du processus.
La décision du gouvernement, annoncée ce jour, permet à EDF, l’exploitant du site, d’engager désormais le démantèlement intégral des installations nucléaires. Il s’agit d’un chantier d’envergure qui s’inscrit dans la durée, puisqu’il doit mobiliser d’importants moyens humains, techniques et financiers. De source proche du dossier, les travaux devraient s’étendre sur une période de quinze à vingt ans, mobilisant plusieurs centaines d’employés spécialisés et donnant lieu à des procédures de contrôle et de sécurité très strictes sous l’œil vigilant de l’Autorité de sûreté nucléaire.
Pour les riverains ainsi que pour les élus locaux, la validation officielle du démantèlement intervient comme le dénouement d’une longue période d’incertitude. De nombreux habitants et associations militent depuis plusieurs décennies pour la fermeture du site, considérant son emplacement en zone sismique et sa proximité avec le Rhin comme autant de risques potentiels. À l’inverse, certains acteurs économiques et syndicaux se sont à plusieurs reprises inquiétés des conséquences pour l’emploi local et de l’impact sur le tissu industriel de la région. À cet égard, le gouvernement assure qu’un dispositif d’accompagnement est prévu afin de limiter les effets sociaux de la reconversion, notamment par la mise en place de programmes de formation et de réinsertion professionnelle.
Le démantèlement de Fessenheim s’intègre dans une stratégie énergétique nationale plus large qui vise à préparer le pays à la transition vers des énergies bas-carbone, tout en modernisant le parc nucléaire existant. Si la France demeure attachée à l’atome civil, le gouvernement prévoit de réduire progressivement certaines capacités de production d’électricité nucléaires vieillissantes, quand cela est jugé nécessaire pour la sécurité ou l’équilibre de la production énergétique.
Le cas de Fessenheim pourrait ainsi servir de laboratoire pour les futures opérations de démantèlement qui devront être engagées sur d’autres sites arrivant en fin de vie dans les décennies à venir. La gestion et le recyclage des déchets radioactifs issus du démantèlement, tout comme la dépollution du site, font d’ores et déjà l’objet d’un suivi spécifique, notamment en lien avec les autorités allemandes voisines, particulièrement attentives aux évolutions de ce dossier sensible.
Pour l’heure, EDF s’emploie à finaliser le calendrier opérationnel des premières phases du chantier, qui devront débuter dès les mois à venir. Le suivi du futur de Fessenheim, symbole de l’aventure nucléaire française, restera une question emblématique des débats sur l’énergie et la reconversion industrielle dans les territoires concernés.
