Attendu depuis plusieurs semaines, le rapport mené par l’inspecteur général Jean-François Alloncle au sujet de l’avenir de l’audiovisuel public a été remis au gouvernement ce jeudi. Fruit de plusieurs mois d’auditions et de consultations auprès de professionnels du secteur, ce document entend repenser le modèle d’organisation, de gouvernance et de financement des principaux groupes audiovisuels publics – France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA – à l’heure où un profond bouleversement de l’écosystème médiatique s’accélère avec l’essor du numérique et de la concurrence internationale. Parmi ses nombreuses pistes, le texte détaillé se distingue par dix propositions majeures visant à insuffler une nouvelle dynamique dans un secteur régulièrement bousculé par les arbitrages budgétaires et les interrogations sur sa mission de service public.
Première mesure d’envergure, le rapport Alloncle préconise la création d’une entreprise unique, « France Médias », qui fédérerait l’ensemble des entités actuelles, tout en préservant leurs spécificités éditoriales. Ce changement de structure vise à rationaliser les fonctions supports, mutualiser davantage de moyens techniques et simplifier la gouvernance, aujourd’hui jugée trop morcelée et source de rigidités. Plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre de la Culture Rachida Dati, ont d’ores et déjà laissé entendre qu’ils voyaient dans cette transformation une réponse potentielle à l’impératif de modernisation réclamé par l’exécutif.
En corollaire, le rapport insiste sur la nécessité de clarifier la mission du service public audiovisuel, en l’ancrant autour des piliers historiques – information, culture, éducation – mais aussi en intégrant des enjeux nouveaux, tels que la transition numérique, l’inclusion et la lutte contre la désinformation. Selon l’auteur du rapport, ce virage permettrait de mieux répondre aux attentes des citoyens confrontés à la multiplication des canaux d’information et de divertissement.
Autre évolution notable : la refonte en profondeur du mode de financement. Constatant la fin progressive de la redevance audiovisuelle et les difficultés de trouver des ressources pérennes dans le seul budget de l’État, le rapport avance plusieurs options. Il s’agirait, soit de sanctuariser un budget pluriannuel, soit d’envisager la création d’une nouvelle taxe affectée. L’objectif affiché est de garantir à l’audiovisuel public les marges de manœuvre nécessaires pour assurer ses missions, sans dépendre des arbitrages annuels qui pèsent sur sa visibilité et sa capacité d’innovation.
Le rapport met également l’accent sur un chantier phare : la stratégie numérique. Il invite les groupes publics à accélérer la transformation de leurs offres en ligne, en misant sur des contenus originaux pour les plateformes, le développement du numérique éducatif et l’accessibilité renforcée de leurs services. Il suggère également la constitution d’une plateforme commune, qui pourrait servir de guichet unique aux utilisateurs tout en renforçant la présence de la culture française sur la scène internationale.
Sur le plan de la gestion des ressources humaines, le rapport ne fait pas l’impasse sur le besoin d’accompagnement des personnels face à la mutation des métiers. Il propose une refonte des accords sociaux, une politique ambitieuse de formation continue et une attention particulière à la diversité et à la parité, jugées essentielles pour refléter la société dans toute sa pluralité.
Parmi les dix mesures, figurent enfin la simplification de la gouvernance, une meilleure intégration des antennes régionales, le renforcement des collaborations entre les rédactions, et la création d’un comité d’éthique chargé de veiller à la qualité de l’information et au respect des principes déontologiques. Ces propositions doivent maintenant être soumises à la concertation avec les parlementaires et les représentants des salariés. Reste à savoir si et comment le gouvernement décidera de les décliner dans un prochain projet de loi, dans un contexte où la question de l’indépendance éditoriale du service public continuera d’alimenter le débat.
