Attendu de longue date, le rapport Alloncle, remis officiellement au gouvernement cette semaine, énonce dix mesures majeures pour transformer en profondeur l’audiovisuel public français. Ce document stratégique, fruit de plusieurs mois de consultations, propose une feuille de route ambitieuse à destination des sociétés d’État intervenant dans le secteur, parmi lesquelles France Télévisions, Radio France, France Médias Monde ou l’INA, à un moment où la question de l’avenir du service public est redevenue centrale dans le débat politique.\n\nPremière priorité : le rapport préconise de regrouper au sein d’une holding unique les principales entités de l’audiovisuel public. L’objectif affiché est de favoriser une meilleure coordination éditoriale, un partage accru de moyens techniques et une rationalisation des fonctions supports, avec à la clé la promesse d’économies substantielles. Pour mener à bien cette transformation structurelle, une gouvernance rénovée est également recommandée, avec la création d’un conseil d’administration commun chargé de définir la stratégie de l’ensemble du périmètre audiovisuel public.\n\nLe rapport insiste par ailleurs sur la nécessité de recentrer les missions de l’audiovisuel public autour de trois axes : l’information de qualité, la promotion de la culture et des savoirs, et l’accès à la création française. Il suggère de réduire la diffusion de programmes purement de divertissement, jugés moins prioritaires, afin de mieux répondre aux attentes citoyennes et de soutenir le pluralisme démocratique menacé par les plateformes internationales.\n\nDans le même souci d’adaptation au nouvel écosystème numérique, le rapport Alloncle préconise de renforcer les investissements dans le numérique. La création d’une plateforme commune regroupant tous les contenus de l’audiovisuel public est avancée comme une solution pour concurrencer plus efficacement les géants du streaming et fidéliser les jeunes publics, particulièrement adeptes de la consommation à la demande.\n\nPour autant, cette transformation ne doit pas se faire au détriment de la présence sur le territoire. Le rapport insiste sur le maintien d’un maillage régional solide à travers notamment France 3 et les stations locales de radio, jugés essentiels pour assurer la proximité avec les citoyens et couvrir des sujets peu traités par le secteur privé. Il est aussi question de renforcer les liens avec les acteurs locaux de la création et les collectivités.\n\nLe financement occupe une place centrale dans les recommandations : le rapport propose d’expérimenter de nouveaux modèles, qui incluent une part de redevance adaptée aux usages contemporains, couplée à des dotations budgétaires garanties sur plusieurs années afin d’assurer la prévisibilité des ressources. Il appelle également à trouver des leviers d’efficacité via la mutualisation et la réduction des coûts de diffusion.\n\nLa gestion des ressources humaines fait l’objet d’une mesure phare, avec la volonté d’encourager la mobilité interne, la formation continue et l’adaptation aux nouveaux métiers du digital. Le rapport souligne la nécessité d’accompagner les transitions par un dialogue social renforcé, pour éviter les blocages et favoriser l’adhésion des personnels à la réforme.\n\nEnfin, le rapport Alloncle met l’accent sur la transparence et l’évaluation régulière des missions du service public, en proposant la création d’un comité citoyen indépendant chargé de rendre compte de la qualité, de la diversité des programmes et de la bonne utilisation des fonds publics.\n\nEn publiant sa dizaine de recommandations, le rapport Alloncle ouvre un large chantier qui pourrait redéfinir en profondeur le visage de l’audiovisuel public dans les années à venir. Reste désormais au gouvernement à arbitrer ces propositions dans un calendrier resserré, sur fond de débats budgétaires et de fortes attentes des Français quant à l’avenir de leur service public audiovisuel.
