La compagnie aérienne EgyptAir a pris la décision soudaine de suspendre tous ses vols en provenance de Bamako, la capitale malienne, en raison d’une envolée spectaculaire des prix du kérosène sur le marché international. Cette mesure inattendue bouleverse les plans de centaines de pèlerins maliens qui espéraient se rendre à La Mecque pour accomplir l’un des cinq piliers de l’islam, le hajj.
Au Mali, la nouvelle est tombée comme un couperet. Depuis plusieurs jours, les pèlerins, réunis à l’aéroport international Modibo Keïta, attendaient patiemment l’embarquement pour l’Arabie saoudite. Cette année, ils étaient plus de 9 000 à s’être inscrits pour le pèlerinage, un nombre élevé dans ce pays à majorité musulmane. À la stupeur générale, EgyptAir, l’une des principales compagnies affrétées pour cet événement, a annulé l’ensemble de ses vols, invoquant l’impossibilité de maintenir ses opérations dans un contexte de flambée des coûts de carburant.
D’après des sources proches du dossier, le prix du kérosène a augmenté de plus de 40 % en quelques semaines, entraînant une hausse brutale des coûts d’exploitation pour les compagnies aériennes opérant sur le continent africain. EgyptAir, déjà fragilisée par les aléas économiques liés à la conjoncture internationale et à la pandémie de Covid-19, n’a pu absorber ce choc supplémentaire. «Nous avons été contraints d’annuler les vols car le prix du carburant rendait chaque rotation déficitaire», explique sous couvert d’anonymat un cadre de la compagnie égyptienne. La mesure concerne, pour l’heure, exclusivement les vols au départ de Bamako, particulièrement pénalisés par la logistique régionale et l’absence d’approvisionnement alternatif.
Cette suspension a des conséquences humaines et économiques immédiates. Nombre de pèlerins avaient économisé pendant des années pour s’offrir ce voyage spirituel. Beaucoup se retrouvent dans l’incertitude, certains ayant déjà versé l’intégralité des frais liés au transport, à l’hébergement et aux formalités administratives. «C’est une grande tristesse, car le hajj est le rêve de toute une vie», confie Oumar Touré, inscrit sur l’un des vols annulés. Des agences de tourisme et des agences de voyages partenaires, chargées de l’organisation logistique, redoutent désormais de lourdes pertes et s’inquiètent des éventuelles demandes de remboursement.
Du côté des autorités maliennes, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le ministère des Affaires religieuses a annoncé l’ouverture de discussions avec EgyptAir et d’autres compagnies pour tenter de trouver des solutions alternatives. Des contacts auraient également été pris avec des transporteurs turcs et saoudiens pour assurer le rapatriement ou la réorientation des groupes désormais bloqués. Mais les analystes sont sceptiques : à quelques jours du début officiel du grand pèlerinage, l’organisation logistique s’annonce complexe, alors que les vols affrétés sont généralement complets et que la demande mondiale explose en cette période.
Cette crise illustre la vulnérabilité des liaisons aériennes subsahariennes face aux fluctuations des marchés internationaux et à la rareté des infrastructures de soutien, telles que les dépôts de carburant. Elle met aussi en lumière la dépendance des grands événements religieux, comme le hajj, à la bonne marche du secteur aérien, à l’épreuve d’une volatilité rarement anticipée. Dans l’attente d’une issue, des milliers de familles maliennes retiennent leur souffle, espérant un retournement de situation qui leur permettra, malgré tout, de réaliser leur rêve spirituel.
