La tension monte dans le secteur de la distribution de carburants. Plusieurs stations-service indépendantes ont annoncé ce jour leur intention de saisir formellement l’Autorité de la concurrence. Au centre de leur mécontentement : la mise en place récente d’un plafonnement des prix des carburants à la pompe, une mesure jugée discriminatoire et préjudiciable par les professionnels concernés.

Alors que l’exécutif entend répondre à la flambée persistante des prix du pétrole et protéger le pouvoir d’achat des ménages, la décision de plafonner les tarifs à la pompe suscite de fortes inquiétudes chez les stations indépendantes. «Nous nous retrouvons pris en étau : nos marges sont déjà extrêmement réduites, et le plafonnement ne laisse aucune latitude pour absorber la hausse des coûts d’approvisionnement», explique le président du Syndicat national des exploitants indépendants de stations-service. Pour les indépendants, qui comptent généralement sur des volumes de vente moindres que les grandes enseignes ou groupes intégrés, cette nouvelle réglementation pourrait, selon eux, les condamner à terme à cesser leur activité.

De nombreuses stations indépendantes ont d’ores et déjà constaté une érosion de leur rentabilité depuis la mise en œuvre du plafonnement. De fait, bien que la mesure vise à éviter une envolée des prix pour l’automobiliste, elle ne tient selon eux pas assez compte de la réalité économique des exploitants les plus fragilisés. «Nos coûts fixes demeurent inchangés alors que notre marge sur le litre vendu est pratiquement réduite à néant dans certains cas», déplore une gérante de station rurale en région Nouvelle-Aquitaine. La crainte d’un mouvement de fermeture de nombreuses stations dites de proximité est désormais au premier plan des préoccupations du secteur.

Face à cette situation qu’ils jugent injuste, les représentants des stations indépendantes prévoient donc de déposer un recours auprès de l’Autorité de la concurrence dans les jours à venir. Ils dénoncent ce qu’ils estiment être une distorsion de concurrence : «Nous ne disposons pas des mêmes moyens que les grands groupes pétroliers qui peuvent amortir les variations de cours grâce à leur puissance d’achat», argue un représentant du secteur. Les indépendants pointent également du doigt un risque de concentration accélérée du marché autour de quelques majors, au détriment de la diversité du tissu économique local.

De son côté, le gouvernement assure suivre de près la situation et rappelle que le plafonnement est censé être temporaire, en attendant un éventuel reflux des cours mondiaux du pétrole. Les services de Bercy affirment que des dispositifs d’accompagnement spécifiques pourraient être envisagés pour les structures les plus exposées. Mais du côté des indépendants, la confiance manque, et la mobilisation s’organise, notamment dans les régions rurales où les stations isolées rendent un service d’intérêt général.

Ce bras de fer intervient sur fond de volatilité persistante des marchés énergétiques et d’une pression sociale qui ne faiblit pas sur la question du pouvoir d’achat. Il pose une nouvelle fois la question de l’équilibre entre régulation, soutien aux consommateurs et préservation des tissus économiques locaux. L’avis que rendra l’Autorité de la concurrence sera donc particulièrement attendu, tant par les distributeurs que par les pouvoirs publics et les usagers.

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