À compter du 15 mai, il ne sera plus possible de vendre ni d’acheter en France des aliments contenant du cannabidiol (CBD). Cette décision gouvernementale, rendue officielle par un arrêté publié au Journal officiel, bouleverse l’ensemble de la filière du bien-être et laisse professionnels comme consommateurs dans une profonde incertitude. Huiles, tisanes, bonbons ou encore boissons infusées : tous ces produits, pourtant en plein essor ces dernières années, devront disparaître des rayons sous peine de sanctions.
Le cannabidiol, issu du chanvre, a longtemps bénéficié d’un flou juridique en France. S’il ne possède pas d’effets psychoactifs similaires au THC, la molécule responsable de l’effet psychotrope du cannabis, le CBD a séduit un large public à la recherche de solutions naturelles pour lutter contre le stress, les troubles du sommeil ou la douleur. Selon les professionnels du secteur, la demande n’avait cessé de croître dans l’Hexagone, stimulée par une communication axée sur les vertus apaisantes du produit, une variété d’offres et un accès facilité via des boutiques spécialisées ou en ligne.
La réglementation européenne n’a pas permis d’apporter de réponse claire : alors que d’autres pays de l’Union encadrent différemment la commercialisation du CBD, la France a choisi la fermeté. Le gouvernement met en avant l’absence d’autorisation du cannabidiol en tant que « nouvel aliment » (novel food) par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). En pratique, tout ingrédient qui n’a pas fait l’objet d’une consommation significative avant 1997 doit obtenir une validation préalable. Or, faute de données jugées suffisantes sur l’innocuité du CBD à long terme, l’administration française se veut prudente et interdit la consommation alimentaire de cette molécule.
Pour les professionnels, cette mesure tombe comme un couperet. Environ un millier de boutiques spécialisées seraient concernées, selon les estimations du secteur. Certains entrepreneurs, qui avaient investi dans le développement de gammes alimentaires – huiles sublinguales, bonbons, chocolats ou infusions – se retrouvent avec d’importants stocks sur les bras et font face à une remise en question de leur modèle économique. Plusieurs représentants dénoncent une décision brutale, prise sans concertation et qui risque de favoriser le marché noir, ou de pousser les consommateurs vers une auto-production incontrôlée.
Certains acteurs envisagent déjà de déposer un recours devant le Conseil d’État, arguant que la réglementation française outrepasse les recommandations européennes, qui n’imposent pas d’interdiction générale du CBD mais réclament des preuves d’innocuité. D’autres espèrent encore une évolution rapide de la législation, misant sur de nouvelles études scientifiques pour rassurer l’administration et obtenir, à terme, une autorisation de mise sur le marché.
L’interdiction du CBD alimentaire place également les consommateurs face à un vide. Si la vente d’huiles ou de capsules à usage alimentaire sera donc prohibée, les cosmétiques et produits topiques contenant du cannabidiol restent pour l’instant tolérés. En revanche, toute promotion ou mise en avant de vertus thérapeutiques du CBD continue d’être strictement interdite, le secteur devant composer avec un encadrement renforcé de la publicité.
La filière du chanvre, de son côté, redoute un coup d’arrêt de la dynamique engagée depuis plusieurs années. Selon l’Interprofession du chanvre (Interchanvre), la France aurait pu devenir un leader du marché européen du CBD grâce à ses atouts agricoles. Le choix du gouvernement de serrer la vis en matière alimentaire change, pour un temps du moins, la donne économique et laisse nombre de professionnels dans l’expectative.
