Le paysage de l’industrie automobile européenne poursuit sa mue avec l’arrivée remarquée de Leapmotor sur le continent. Ce constructeur chinois, spécialisé dans les véhicules électriques, prend un tournant stratégique majeur grâce à son alliance avec le géant italo-franco-américain Stellantis. Cet été, Leapmotor s’apprête à investir les lignes de production de deux usines d’assemblage espagnoles jusqu’ici opérées par Stellantis, confortant au passage la montée en puissance des acteurs chinois sur le marché automobile mondial.\n\nEn avril dernier, Stellantis et Leapmotor officialisaient leur partenariat lors d’une cérémonie où furent posées les bases de Leapmotor International, une coentreprise détenue à 51% par le groupe européen. Cette structure est chargée de la distribution et, donc désormais, de la fabrication de modèles signés Leapmotor hors de Chine. En mai, le patron de Stellantis, Carlos Tavares, annonçait un objectif ambitieux : produire des véhicules Leapmotor sur le Vieux Continent dès la fin 2024.\n\nLe choix s’est porté sur deux usines espagnoles stratégiquement situées à Vigo, en Galice, et à Figueruelas, dans la région de Saragosse. Ces sites historiques de Stellantis se préparent à accueillir la fabrication des modèles Leapmotor T03 et C10, respectivement une citadine et un SUV électrique. Exploiter l’existant plutôt que construire de nouveaux sites répond à une logique d’efficience industrielle, tout en apportant une bouffée d’oxygène à ces usines alors que les volumes de certains modèles européens traditionnels reculent progressivement.\n\nSi l’irruption de Leapmotor en Europe n’est pas dénuée d’enjeux industriels, elle témoigne aussi des mutations profondes de la filière face à la révolution électrique. Les marques chinoises, connues pour leur avance sur le terrain de la batterie et de la technologie embarquée, cherchent à s’implanter durablement en Europe, profitant du savoir-faire et du réseau de partenaires locaux. Pour Stellantis, l’alliance avec Leapmotor permet d’étoffer un portefeuille de modèles électriques adaptés aux attentes des clients européens soucieux du rapport qualité/prix, tout en contrant une concurrence toujours plus féroce enclenchée par Tesla et les inconditionnels du segment premium.\n\nAu-delà de la dimension productive, l’installation de Leapmotor en Espagne soulève la question de la sécurité économique. Certains acteurs industriels et politiques européens s’inquiètent du risque de dépendance technologique, mais Carlos Tavares justifie ce choix par la nécessité d’agir vite pour éviter un décrochage du tissu industriel européen. « Nous devons répondre à la demande de véhicules électriques abordables sans déserter nos usines », a-t-il souligné à l’occasion de précédentes annonces.\n\nLes premiers exemplaires espagnols des modèles Leapmotor destinés au marché européen devraient sortir des chaînes dès le quatrième trimestre 2024. Une accélération qui confirme que les alliances entre groupes automobiles européens et constructeurs chinois sont promises à jouer un rôle clé dans la transition électrique. Reste à voir si cette stratégie permettra à Stellantis et ses partenaires de conquérir de nouvelles parts de marché face à la concurrence asiatique et américaine, tout en préservant l’ancrage industriel du secteur en Europe.
