Le gouvernement sud-coréen hausse le ton face à la concentration des profits dans l’industrie des semi-conducteurs. Lors d’une conférence économique organisée ce lundi à Séoul, le vice-ministre de l’Économie et des Finances, Kim Jae-hyun, a invité les grandes entreprises technologiques du secteur à partager une partie de ce qu’il qualifie de « superprofits » générés ces dernières années.
Devant un parterre d’industriels et d’analystes, Kim Jae-hyun a souligné la forte croissance des principaux groupes coréens de la filière, au premier rang desquels Samsung Electronics et SK Hynix, désormais poids lourds mondiaux de la fabrication de puces mémoire et de semi-conducteurs avancés. Avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle à l’échelle internationale et la demande accrue en composants électroniques, l’industrie sud-coréenne affiche en effet une santé insolente, ses exportations ayant enregistré une progression à deux chiffres sur la période récente.
« Nous sommes conscients de l’importance stratégique des semi-conducteurs pour notre économie, et nous soutenons depuis des années leur compétitivité à travers des politiques publiques et des incitations fiscales », a déclaré le vice-ministre. « Cependant, dans un contexte où les marges et les bénéfices records s’accumulent, il semble légitime de réfléchir à une redistribution plus équitable des fruits de cette prospérité. »
Selon Kim Jae-hyun, cette redistribution passerait notamment par des investissements accrus dans la formation, le soutien aux PME du secteur et l’émergence de nouvelles filières connexes. Il a par ailleurs invité les géants du secteur à renforcer leurs engagements sur le front social, en particulier en matière de création d’emplois et d’amélioration des conditions de travail.
L’appel du gouvernement intervient alors que la question des « superprofits » alimente le débat public au plan mondial, dans un contexte marqué par la montée des inégalités et les remises en cause de la concentration des richesses. En Corée du Sud, cette demande de redistribution vise également à assurer la pérennité de l’écosystème technologique national, en évitant que les bénéfices générés par quelques champions ne creusent les écarts avec le reste du tissu industriel.
Les grands groupes visés, à l’image de Samsung ou SK Hynix, n’ont pas officiellement réagi à cette intervention. Ces derniers font cependant valoir leur contribution au dynamisme économique du pays, insistant sur leur rôle d’employeurs majeurs et sur les investissements massifs consentis dans la recherche, le développement ou la production de pointe.
Pour nombre d’observateurs, le message des autorités s’apparente néanmoins à un signal adressé tant aux industriels qu’à l’opinion publique : face à la montée des profits exceptionnels dans la tech, la redistribution des richesses pourrait s’imposer comme un enjeu central au cours des prochaines années. Reste à savoir comment les groupes du secteur répondront à cette pression croissante. La question d’une potentielle taxation spécifique ou de mesures réglementaires demeure, pour l’heure, en suspens.
