Coup de théâtre dans le dossier de l’attribution controversée des marchés publics liés aux radars de vitesse. La justice française vient de relancer les investigations sur les conditions dans lesquelles ces contrats ont été confiés au groupe informatique Atos, acteur majeur de la transformation numérique des services de l’État. Cette décision marque un nouveau rebondissement pour une affaire qui suscite de nombreuses interrogations depuis plusieurs années.\n\nÀ l’origine du dossier, plusieurs rapports et signalements évoquant d’éventuelles irrégularités dans l’attribution des marchés publics relatifs à l’exploitation et à la maintenance des radars de contrôle automatique. Selon diverses sources judiciaires, certains appels d’offres ayant permis à Atos de décrocher ces contrats entre 2010 et 2020 feraient l’objet de soupçons de favoritisme, de conflits d’intérêts et de manquements aux règles de la commande publique.\n\nCe sont notamment des concurrents évincés et des lanceurs d’alerte internes qui, dès 2021, avaient saisi le Parquet national financier (PNF). Ils mettaient en cause la transparence des procédures et les liens présumés entre hautes sphères de l’administration et cadres dirigeants d’Atos. Des inspections menées à l’époque par l’Inspection générale des finances avaient déjà pointé des pratiques « insuffisamment documentées » et des critères d’attribution parfois « peu objectifs ».\n\nJusqu’ici, l’affaire semblait s’enliser dans les méandres administratifs. Mais à la faveur de nouveaux éléments, la justice a décidé de rouvrir l’enquête, confiant le dossier à un juge d’instruction spécialisé dans les affaires de corruption et de favoritisme. Selon une source proche du dossier, les enquêteurs s’intéressent de près à certaines réunions tenues en amont des appels d’offres et à des échanges de courriers dont la teneur pourrait accréditer l’hypothèse d’une entente en vue de favoriser un opérateur au détriment de la concurrence.\n\nCette relance des investigations intervient alors qu’Atos traverse une période particulièrement troublée sur le plan économique et boursier. Le groupe, autrefois fleuron du secteur numérique français et partenaire historique de l’État, fait aujourd’hui face à un endettement massif et des difficultés de gouvernance. Plusieurs de ses branches stratégiques, notamment liées à la gestion des données et à la sécurité informatique, sont en cours de restructuration voire de cession à des acteurs tiers. La révélation de possibles irrégularités dans l’obtention de marchés publics cruciaux ajoute une ombre supplémentaire à ce climat de défiance.\n\nPour l’heure, Atos se défend de toute irrégularité et assure avoir « scrupuleusement respecté l’ensemble de la réglementation en vigueur » lors de la réponse aux appels d’offres. De leur côté, les services de l’État concernés affirment avoir mené des procédures « dans le respect du principe d’égalité de traitement des candidats ». Mais la justice devra désormais établir si l’attribution de ces marchés sensibles a pu être biaisée par des influences indues ou des passe-droits, au détriment du bon usage des deniers publics.\n\nL’affaire est d’autant plus sensible que les radars automatiques de contrôle de vitesse, aujourd’hui déployés sur l’ensemble du territoire, représentent un enjeu stratégique majeur pour la sécurité routière et les finances de l’État, générant chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de recettes. Toute suspicion pesant sur la transparence des marchés autour de ce dispositif pourrait avoir des conséquences importantes, tant pour la crédibilité des institutions que pour la réputation des opérateurs concernés.\n\nLa relance de l’enquête judiciaire promet ainsi de nouveaux développements dans les prochains mois. Elle sera scrutée de près, tant par les acteurs publics que privés du secteur, alors que l’exemplarité et l’intégrité dans la commande publique n’ont jamais été autant au cœur des préoccupations.
