À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, une question revient avec insistance : le monde de l’entreprise, et en particulier les dirigeants, auront-ils enfin la place qui leur revient dans le débat public ? Jusqu’ici, les campagnes électorales françaises se sont bien souvent concentrées sur les préoccupations traditionnelles des électeurs, reléguant les voix des entrepreneurs au second plan. Pourtant, face à la transformation rapide de l’économie et aux défis majeurs qui se dessinent, nombre d’observateurs estiment qu’il serait temps d’écouter ce que les patrons ont à dire.\n\nDepuis plusieurs décennies, la parole patronale reste rare, sinon mal perçue, lors des grandes échéances politiques. Jugés trop puissants, soupçonnés de défendre avant tout leurs intérêts, les chefs d’entreprise peinent à se faire entendre dans un climat où ils sont encore souvent considérés comme des « nantis ». Résultat : leurs propositions sur la fiscalité, l’emploi, la formation ou l’industrie sont bien souvent évacuées du débat. Pourtant, ce sont bien les entreprises qui créent la majorité des emplois privés en France et portent une grande partie de l’innovation nationale.\n\nLe contexte de 2027 pourrait néanmoins changer la donne. La crise énergétique, la transition écologique, la réindustrialisation du pays ou encore la souveraineté technologique sont autant de défis qui imposent de mobiliser toutes les forces vives. Or, sur ces sujets, nombreux sont les dirigeants à réclamer un dialogue accru avec les décideurs politiques. « Si nous ne voulons pas que l’avenir du tissu industriel échappe à la France, il faut intégrer la voix de ceux qui chaque jour embauchent, investissent et exportent », explique un chef d’entreprise du secteur de la métallurgie.\n\nCertains syndicats patronaux, comme le Medef ou la CPME, multiplient depuis des mois les propositions, tandis que des entrepreneurs médiatiques n’hésitent plus à prendre la parole dans les médias. « Mais, regrettent-ils, la campagne présidentielle tend à privilégier les promesses de pouvoir d’achat plutôt que les mesures permettant d’améliorer durablement la compétitivité du pays ». Leur revendication principale : pouvoir exposer leurs contraintes, expliquer leurs besoins et peser, à armes égales avec les autres acteurs sociaux, dans l’élaboration des politiques publiques.\n\nCe mouvement commence d’ailleurs à trouver un certain écho au sein de la société civile. Selon un sondage récent, une majorité de Français estime désormais que les responsables d’entreprise devraient pouvoir s’exprimer davantage sur la scène politique, notamment pour expliquer le fonctionnement de l’économie réelle, la création de valeur ou encore les enjeux du marché du travail. Aux yeux de certains économistes, cette prise de parole serait même salutaire, à condition toutefois d’éviter la tentation de céder au lobbying pur, au détriment de l’intérêt général.\n\nL’enjeu, pour les candidats à l’Élysée, sera sans doute de mieux intégrer cette expertise sans pour autant faire l’impasse sur les nécessaires arbitrages sociaux. Car donner la parole aux patrons, c’est aussi ouvrir la discussion sur des sujets sensibles : flexibilité de l’emploi, coût du travail, fiscalité des entreprises, rapport à la mondialisation… Autant de thématiques qui, si elles sont abordées de front, promettent d’animer le débat jusqu’au premier tour. Pour la première fois sans doute, les chefs d’entreprise pourraient bien, en 2027, tenter d’occuper pleinement l’espace public, dans un dialogue renouvelé avec l’ensemble de la société.
