L’Autorité nationale des jeux (ANJ) franchit une nouvelle étape dans la régulation du secteur en annonçant la mise en place d’un algorithme destiné à repérer plus efficacement les joueurs adoptant des pratiques excessives. Cette innovation intervient dans un contexte où la lutte contre l’addiction et les dérives liées aux jeux d’argent demeure une préoccupation majeure des pouvoirs publics comme des opérateurs.\n\nL’outil développé par l’ANJ s’appuie sur l’analyse de données comportementales fournies par les plateformes agréées. Chaque joueur laisse en effet une multitude de traces numériques à travers ses dépôts, ses mises, la fréquence de ses sessions ou encore la rapidité de ses ressaisissements. Grâce à cet algorithme, l’autorité de régulation espère identifier de façon précoce ceux dont l’activité présenterait des signaux d’alerte, permettant par la suite la mise en place de mesures personnalisées, telles que des messages de prévention, des limitations volontaires ou un accompagnement dédié.\n\nCe dispositif doit permettre aux opérateurs de jeux d’affiner leur suivi des comportements à risque et de renforcer leur obligation de vigilance. Jusqu’alors, les plateformes s’appuyaient essentiellement sur des seuils d’activité monétaire ou de pertes, dont la pertinence est aujourd’hui remise en cause. Désormais, l’algorithme promet une analyse plus fine et dynamique: il prend en compte l’évolution des habitudes, les changements soudains ou la répétition de certains schémas préoccupants, comme la tendance à rejouer immédiatement après une perte ou à multiplier les comptes sur différentes plateformes.\n\n« L’objectif est d’anticiper plutôt que de subir », souligne Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’ANJ. « Grâce aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, nous pouvons repérer des signaux faibles, invisibles à l’œil nu, et proposer des réponses mieux adaptées aux réalités de chaque joueur ». Selon elle, cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus globale de prévention des addictions, pointée comme l’un des grands défis de l’industrie du jeu en France.\n\nAu-delà de la détection, l’enjeu porte également sur la confidentialité et la protection des données personnelles. L’ANJ assure que l’algorithme respecte pleinement le cadre du RGPD: aucune donnée sensible n’est transmise sans l’accord explicite du joueur et les informations sont exclusivement exploitées dans un but préventif. Les opérateurs, de leur côté, sont appelés à collaborer étroitement avec l’autorité pour que le déploiement de cet outil se fasse dans le respect des exigences éthiques et techniques les plus strictes.\n\nSelon les derniers chiffres publiés, la France compte plus de 3 millions de joueurs réguliers en ligne et près de 1,4 million de personnes seraient à risque modéré ou élevé selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Les pouvoirs publics multiplient donc les initiatives : campagnes nationales de sensibilisation, promotion des dispositifs d’auto-exclusion, ou développement de l’accompagnement psychologique spécialisé.\n\nPour l’ANJ, l’intégration de cet algorithme ne constitue qu’une étape dans la modernisation des outils de régulation. D’autres évolutions sont attendues afin d’adapter en permanence la politique de prévention aux nouveaux usages et tendances du marché. En misant sur l’intelligence artificielle, les autorités espèrent réduire significativement le nombre de joueurs en situation de danger et offrir un encadrement plus efficace à l’ensemble du secteur du jeu en ligne.
