L’Allemagne appelle à une profonde réforme de la politique budgétaire de l’Union européenne. Dans un contexte de débats intenses sur la préparation du prochain cadre financier pluriannuel de l’UE, Berlin souhaite que l’accent soit davantage mis sur le soutien à l’investissement et à l’innovation, au détriment des instruments fondés sur les subventions directes traditionnelles.
Le gouvernement allemand plaide ainsi pour un changement de philosophie, estimant qu’une large part des ressources budgétaires de l’Union devrait passer d’un modèle de redistribution à un modèle de stimulation de la compétitivité et de la croissance. L’objectif affiché est de répondre de manière plus efficace aux défis structurels auxquels font face les Vingt-Sept, dans un environnement mondial marqué par la concurrence accrue des grandes puissances économiques, notamment les Etats-Unis et la Chine.
Selon plusieurs responsables allemands, la priorité doit porter sur la modernisation des économies européennes, en finançant par exemple la transition énergétique, la transformation numérique ou encore des projets industriels d’envergure paneuropéenne. « Il faut donner la priorité à l’investissement plutôt qu’aux transferts massifs de fonds », déclare un haut fonctionnaire du gouvernement à Berlin, qui invite la Commission européenne à revoir en profondeur la philosophie même du budget commun.
Cette position intervient dans un contexte de débats serrés entre Etats membres sur l’avenir des grandes politiques financées par l’UE, au premier rang desquelles figure la Politique agricole commune (PAC). Traditionnellement, la PAC absorbe à elle seule près d’un tiers du budget de l’Union et repose largement sur des subventions versées directement aux agriculteurs. Or, plusieurs partenaires de l’Allemagne – comme la France ou l’Espagne – défendent le maintien de ces aides directes, qu’ils jugent indispensables à la viabilité de leur secteur primaire.
En réponse, Berlin insiste sur la nécessité pour l’Europe de rattraper son retard en matière d’innovation et de capital technologique face à ses principaux concurrents, et de répondre à l’Inflation Reduction Act américain, qui mobilise massivement des fonds publics pour attirer et soutenir les industries d’avenir. « L’UE doit avoir les moyens de financer ses propres champions technologiques et ses infrastructures stratégiques », estime un expert économique proche du ministère allemand des Finances.
L’Allemagne se dit prête à soutenir des outils budgétaires permettant de mutualiser les investissements dans des secteurs clés – tels que l’énergie propre, les batteries, ou l’intelligence artificielle – à condition que ces fonds soient utilisés selon des critères de performance et de compétitivité. Elle s’oppose en revanche à une augmentation globale des dépenses basées sur des subventions sans évaluation de leur efficacité ni véritable lien avec la transformation structurelle de l’économie européenne.
Ces positions sont partagées par plusieurs pays d’Europe du Nord mais se heurtent à la réticence d’Etats membres du Sud et de l’Est, attachés aux mécanismes traditionnels de solidarité européenne. La négociation du prochain budget pluriannuel, d’une taille estimée à plus de 1 100 milliards d’euros pour la période 2028-2034, s’annonce ainsi particulièrement complexe.
Face aux multiples crises – guerres, dérèglement climatique, besoin d’indépendance énergétique –, Berlin entend peser dans les discussions pour « recentrer le budget de l’UE sur les investissements d’avenir ». La balle est désormais dans le camp de la Commission, qui doit présenter ses premières propositions dans les prochains mois et chercher un compromis entre des visions très différentes de l’avenir financier de l’Europe.
