Depuis la nuit de vendredi à samedi, la Lozère, l’un des départements les moins peuplés de France, est le théâtre d’une mobilisation inhabituelle. Plusieurs centaines de jeunes, venus de toute la région et même au-delà, tentent d’organiser une « free party » — fête techno autogérée et sans autorisation — sur le territoire de la commune de Chanac, suscitant l’inquiétude des autorités locales et la mobilisation des forces de l’ordre.
Dès la fin d’après-midi vendredi, des dizaines de véhicules — majoritairement des utilitaires, camionnettes et camping-cars transportant sonorisation et matériel de camping — ont convergé en convoi vers le plateau de l’Aubrac, cherchant une zone isolée où installer leurs équipements. Les participants, souvent habitués de ce type de rassemblement, ont tenté de contourner les points de contrôle mis en place par la gendarmerie afin d’éviter d’être interceptés avant d’avoir pu s’implanter.
Les forces de l’ordre, prévenues par la circulation inhabituelle sur certains axes secondaires et des signalements d’habitants, ont rapidement mis en place un dispositif de surveillance et de filtrage. Selon la préfecture de Lozère, près de 300 véhicules avaient été recensés sur la zone dès le milieu de la nuit, et plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées à l’orée d’un bois, cherchant à déployer le matériel sonore et à débuter les festivités.
La mairie de Chanac, inquiète des risques pour l’environnement et l’ordre public, a immédiatement sollicité un renfort des services de l’Etat. Selon l’édile, la commune n’a pas les moyens matériels de gérer seule un afflux de cette ampleur. « Notre population double voire triple brutalement, avec le risque de troubles et de dégradations sur des espaces naturels sensibles », déplore un élu rencontré sur place au petit matin.
Le préfet de Lozère, Charles Péguy, a publié un arrêté d’interdiction interdisant tout rassemblement festif à caractère musical non déclaré dans le département pour tout le week-end. Dans un communiqué adressé à la presse, il rappelle que ces manifestations, en dehors de tout cadre légal, peuvent mettre en danger les participants et nuire gravement à l’équilibre écologique de la région. L’Etat promet que « toutes les mesures nécessaires » seront prises pour éviter l’installation durable du rassemblement.
Cependant, les organisateurs – souvent discrets et organisés en réseaux – persistent. Sur les réseaux sociaux, plusieurs appels circulent pour indiquer d’autres chemins d’accès ou suggérer de nouveaux points de regroupement, témoignant de leur détermination. Ils arguent du droit à la fête et de la tradition libertaire de ces rassemblements, qui, selon eux, permettent à des centaines de jeunes de s’exprimer et de vivre un moment de liberté loin des contraintes urbaines.
Pour les habitants et les exploitants agricoles locaux, la situation est source d’inquiétude. L’un d’eux témoigne : « Nous sommes sur une zone classée Natura 2000, la faune est fragile et les récoltes de foin n’ont pas encore commencé. Une telle concentration humaine, même temporaire, peut nous mettre en difficulté ».
Dans la matinée de samedi, la situation semblait dans l’attente d’un dénouement. Certains groupes de fêtards s’étaient repliés, dissuadés par la présence policière, tandis que d’autres tentaient toujours de s’installer ailleurs, profitant de la complexité du terrain rural. Les autorités, pour leur part, assurent suivre de près l’évolution de la situation et se disent prêtes à intervenir pour maintenir l’ordre. Le bras de fer devrait se poursuivre tout au long du week-end, dans une atmosphère mêlant excitation et crispation.
