Les récentes déclarations affirmant que l’Espagne bénéficierait de l’électricité la moins chère d’Europe ont suscité de nombreuses réactions et interrogations parmi les consommateurs et les experts du secteur. Pour démêler le vrai du faux, Manuel Fernandez Ordoñez, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne et économiste reconnu, revient sur cette affirmation et en explique les nuances, rappelant la complexité du marché de l’électricité en Europe.\n\nDepuis plusieurs mois, les acteurs politiques et les fournisseurs d’énergie espagnols mettent en avant une baisse visible des prix de l’électricité pour les ménages comme pour les entreprises. Cette narration, largement relayée par les médias et reprise sur les réseaux sociaux, laisse entendre que l’Espagne détiendrait désormais le titre flatteur de pays européen proposant les tarifs d’électricité les plus attractifs. Mais selon Manuel Fernandez Ordoñez, cette conclusion mérite d’être davantage nuancée.\n\nD’après l’économiste, il convient tout d’abord de distinguer le prix du marché de gros et le coût final supporté par le consommateur. « Cela prête à confusion : le prix de gros espagnol pour l’électricité est effectivement descendu sous la barre de certains pays voisins. Pourtant, ce prix de gros ne correspond pas toujours à la facture totale payée par la majorité des foyers espagnols », explique-t-il. En effet, la facture intègre non seulement le coût de l’énergie, mais également diverses taxes, les coûts du réseau et d’autres prélèvements qui varient sensiblement d’un pays à l’autre.\n\nFernandez Ordoñez souligne également que de nombreux Espagnols ne bénéficient pas d’un tarif indexé sur le marché de gros, mais sont au contraire soumis à des offres à prix fixe ou à des contrats anciens, souvent plus onéreux. Par ailleurs, la structure tarifaire espagnole connaît des spécificités qui peuvent, dans certains cas, aboutir à des hausses ponctuelles, notamment en cas de pic de consommation ou selon la période de l’année.\n\nA l’échelle européenne, d’autres pays, tels que la France ou le Portugal, proposent des tarifs réglementés ou des systèmes de compensation pour protéger les consommateurs contre la volatilité des prix sur les marchés internationaux. Une comparaison brute des prix de l’électricité est donc rarement révélatrice de la réalité quotidienne des ménages. « Il faut comparer ce qui est comparable. Si l’on tient compte de l’ensemble des composantes de la facture et des dispositifs publics de protection, l’Espagne ne peut pas aujourd’hui se prévaloir de posséder l’électricité la moins chère du continent », affirme celui qui a dirigé la Banque d’Espagne entre 2006 et 2012.\n\nL’économiste met également en garde contre des remarques triomphalistes qui risquent d’alimenter des malentendus chez les citoyens. D’après lui, la question du coût de l’électricité mérite une analyse plus approfondie, impliquant la transparence sur la formation des prix et un débat public sur l’efficacité du système énergétique espagnol. Il s’inquiète notamment des risques de dégradation du pouvoir d’achat, à mesure que d’autres composantes du coût de l’électricité (investissements dans les énergies renouvelables, modernisation du réseau, taxes environnementales) pèseront plus lourdement sur les factures futures.\n\nPour conclure, Manuel Fernandez Ordoñez invite à relativiser les discours trop optimistes autour des prix de l’électricité en Espagne. Selon lui, seule une approche comparative sérieuse, prenant en compte l’ensemble des coûts et mécanismes de régulation, permettra d’évaluer avec exactitude la compétitivité du pays en matière énergétique. Son intervention appelle à la prudence et à l’exigence de clarté, à l’heure où la crise énergétique demeure un enjeu central pour l’Union européenne.

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