Nouvel épisode dans les relations économiques sino-européennes : les autorités chinoises exhortent aujourd’hui les entreprises du pays à ne pas coopérer avec l’enquête ouverte par la Commission européenne visant Nuctech, le spécialiste chinois des équipements de sécurité. Cette prise de position de Pékin intervient alors que Bruxelles intensifie ses mesures protectionnistes à l’encontre de plusieurs sociétés chinoises, évoquant des soupçons de concurrence déloyale et de subventions illégales, dans un contexte commercial de plus en plus tendu entre les deux puissances.

Sur la sellette, Nuctech est un acteur international majeur des technologies d’inspection et de sécurisation, dont les scanners de bagages équipent des aéroports et infrastructures sur plusieurs continents. Déjà ciblée par divers pays occidentaux pour des raisons de sécurité nationale, l’entreprise est désormais l’objet d’une attention particulière de la part de l’Union européenne, qui a officialisé en avril l’ouverture d’une enquête antisubventions portant sur la fourniture d’équipements de contrôle de sécurité aux institutions publiques européennes.

Pour justifier sa démarche, la Commission européenne déclare vouloir « assurer des conditions de concurrence équitables » face à la montée en puissance d’entreprises subventionnées hors de l’Union. Selon Bruxelles, ce type d’intervention pourrait fausser le marché intérieur et menacer la souveraineté technologique des États membres. En conséquence, l’exécutif européen a lancé une série d’enquêtes visant à évaluer la nature et l’ampleur du soutien public dont bénéficient certaines entreprises chinoises, dont Nuctech.

La réaction de la Chine ne s’est pas fait attendre. Le ministère du Commerce à Pékin appelle les entreprises et organismes concernés à restreindre, voire refuser leur participation à l’enquête européenne, dénonçant une démarche discriminatoire aux antipodes des principes du commerce international. Pour les autorités chinoises, ces mesures sont perçues comme une tentative d’évincer artificiellement les groupes chinois des marchés européens au détriment d’une saine compétition. Pékin estime par ailleurs que les procédures de l’Union européenne manquent de transparence et risquent d’entraver le bon fonctionnement de la coopération économique globale.

Cette montée de tensions s’inscrit dans un contexte géopolitique large, marqué par le durcissement de la politique industrielle européenne et l’évolution rapide des chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces dernières années, l’UE cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de certains fournisseurs étrangers dans des secteurs jugés stratégiques, notamment les technologies de pointe, l’énergie et les équipements de sécurité. Cette stratégie passe notamment par une application plus rigoureuse du droit de la concurrence et par la promotion d’entreprises européennes susceptibles de rivaliser avec les grands groupes internationaux, en particulier chinois et américains.

Au-delà du cas Nuctech, les enquêtes actuelles s’ajoutent à d’autres dossiers touchant des industries comme les véhicules électriques, l’énergie solaire ou les réseaux de télécommunication. Face à ces actions répétées, Pékin multiplie les critiques contre ce qu’elle considère comme un protectionnisme déguisé et met en garde contre une escalade des tensions susceptibles de perturber un commerce bilatéral dont le volume total avoisine 900 milliards d’euros par an.

De leur côté, plusieurs capitales européennes insistent sur la nécessité de protéger les secteurs stratégiques et la sécurité de leurs infrastructures face à des investisseurs extérieurs bénéficiant, selon elles, d’avantages concurrentiels injustifiés. L’issue des enquêtes en cours, et leur impact sur la présence de Nuctech sur le marché européen, demeurent pour l’heure incertains. Mais ce bras de fer témoigne de la profonde recomposition à l’œuvre dans le commerce mondial et de la volonté croissante des États à maîtriser leur souveraineté économique.

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