Les dernières statistiques publiées par le Bureau national des statistiques chinois confirment un brusque coup de frein de l’économie domestique. En avril, les ventes au détail dans la deuxième économie mondiale ont enregistré une baisse inattendue, marquant leur plus faible performance depuis plus de trois ans. Ce ralentissement inattendu met en lumière les défis persistants auxquels fait face la Chine dans sa quête de reprise post-pandémie.
Selon les données officielles, les ventes au détail ont reculé de 0,6 % sur un an au mois d’avril. Les analystes tablaient plutôt sur une croissance modérée, estimée autour de 2%. Ce chiffre décevant survient alors que la consommation intérieure était vue comme un moteur clé de la croissance, au moment où le secteur immobilier traverse une période de profonde turbulence et que la demande pour les exportations chinoises demeure flageolante.
Il s’agit pour le pays de la contraction la plus marquée depuis fin 2020, période encore largement perturbée par l’épidémie de Covid-19 et les strictes mesures sanitaires en vigueur à l’époque. Désormais, si la Chine n’est plus sous le coup de confinements, la consommation peine toutefois à retrouver sa vigueur, freinée par la morosité du marché du travail, l’anxiété persistante des ménages et un environnement immobilier incertain.
Les autorités ont récemment multiplié les mesures pour tenter de stimuler la demande domestique, qu’il s’agisse de subventions ciblées, de facilités de crédit ou de campagnes incitant à l’achat de véhicules et d’équipements électroménagers. Malgré ces initiatives, les ménages restent prudents dans leurs dépenses, évoquant généralement un manque de confiance dans l’avenir et une épargne de précaution qui s’établit à des niveaux record.
La faiblesse des ventes au détail survient alors que d’autres indicateurs laissent entrevoir une reprise inégale. La production industrielle, par exemple, a affiché en avril une progression de 6,7%, supérieure aux attentes, tandis que l’investissement dans les infrastructures et le secteur manufacturier restent relativement soutenus grâce à l’action de l’État et à l’appui financier dont bénéficient nombre d’entreprises publiques. Mais ce soutien à l’investissement ne parvient pas à compenser la faiblesse de la demande des ménages.
L’essoufflement de la consommation est d’autant plus préoccupant que le secteur des services et de la distribution représente désormais plus de la moitié du PIB chinois. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont récemment mis en garde contre une dépendance excessive à la croissance tirée par l’investissement et par le secteur public, au détriment de la demande intérieure.
Les défis s’accumulent également sur le front de l’emploi, avec un taux de chômage des 16-24 ans qui dépasse 14% et des milliers de diplômés qui peinent à intégrer le marché du travail. Par ailleurs, la situation du secteur immobilier reste préoccupante, avec de nombreux promoteurs sous pression et une baisse continue des transactions et des prix dans la plupart des grandes villes.
Au-delà des chiffres d’avril, la tendance reste fragile. Si Pékin se refuse à lancer un plan de relance massif, les économistes estiment qu’il faudra sans doute de nouvelles mesures ciblées pour soutenir la consommation et restaurer la confiance des ménages. La croissance chinoise, prévue autour de 5% cette année, dépendra largement de la capacité des autorités à inverser la dynamique morose de la demande domestique.
