La situation économique des hôpitaux, qu’ils soient publics ou privés, continue de se détériorer en France. C’est ce que révèle une nouvelle étude publiée ce jeudi, dressant un panorama inquiétant du secteur hospitalier pour l’année 2024. Malgré plusieurs plans de soutien successifs de l’État et une mobilisation inédite des personnels de santé lors de la crise sanitaire, les comptes des établissements hospitaliers accusent un nouveau revers.
Selon ce rapport, la quasi-totalité des structures hospitalières en France affiche une dégradation de ses finances par rapport à l’année précédente. Les déficits ne cessent de se creuser, motivés par la montée continue des coûts de fonctionnement, l’augmentation des besoins en personnel, ainsi que par une stagnation, voire une baisse, des recettes de l’activité courante. Les hôpitaux publics, qui prennent en charge la majeure partie des soins courants et des interventions d’urgence, se trouvent particulièrement fragilisés. Le document met en avant une hausse des dépenses liées à l’énergie, à l’achat de matériels et de médicaments, mais également à la revalorisation partielle des salaires, une mesure qui n’a pas toujours été compensée par des financements supplémentaires.
Du côté des hôpitaux privés, la situation n’est guère plus reluisante. Si certains établissements tirent leur épingle du jeu grâce à une gestion plus souple ou à des pôles d’excellence, l’immense majorité est confrontée à la même équation difficile : comment contenir les charges dans un contexte de forte inflation, sans compromettre la qualité des soins et l’accessibilité des patients ? L’étude souligne d’ailleurs que le secteur privé doit faire face à l’augmentation du coût des emprunts, conséquence directe de la remontée des taux d’intérêt, qui pèse sur les capacités d’investissement des cliniques.
Au-delà des chiffres, c’est l’ensemble de la sphère hospitalière qui semble arriver à un point de bascule. Les directeurs d’établissement tirent la sonnette d’alarme, évoquant des marges de manœuvre de plus en plus réduites. Certains préviennent que la poursuite de cette tendance pourrait inévitablement conduire à des choix difficiles, comme la réduction de certaines activités, des reports d’investissement ou, à terme, des fermetures de services. L’inquiétude est d’autant plus vive que la demande de soins continue, elle, de progresser en raison du vieillissement de la population, de la reprise épidémique de certaines maladies chroniques et de la diversification des attentes sanitaires.
Les pouvoirs publics n’ignorent pas la gravité de la situation. D’après l’étude, le gouvernement envisage de nouvelles mesures d’accompagnement qui pourraient inclure un allègement temporaire des charges sociales pour les établissements les plus fragiles, mais aussi une révision de l’enveloppe annuelle allouée aux hôpitaux dans le cadre de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). Cependant, ces annonces, pour l’heure, peinent à rassurer les acteurs du secteur, qui réclament un véritable « saut qualitatif » et un plan pérenne de refinancement, fondé sur une meilleure reconnaissance de la réalité économique du monde hospitalier.
Dans ce contexte, tous les regards sont désormais tournés vers la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale, qui doit être présentée à la rentrée. Les professionnels de santé et les patients attendent des réponses concrètes pour assurer la viabilité d’un système hospitalier dont la solidité reste un des piliers du modèle social français.
