Ce lundi, Emmanuel Moulin s’est présenté devant les députés réunis en commission des finances afin d’exposer sa vision et de défendre son indépendance, à la veille de sa possible nomination à la tête de la Banque de France. Actuel directeur du Trésor, ce haut fonctionnaire expérimenté est le favori du gouvernement pour succéder à François Villeroy de Galhau, dont le mandat s’achève prochainement. Devant une représentation parlementaire attentive, il a affirmé : «Je me tiens devant vous en homme libre», affichant ainsi sa volonté de garantir l’autonomie nécessaire à l’exercice de ses futures fonctions.
Si le nom d’Emmanuel Moulin circule depuis plusieurs semaines dans les milieux politiques et financiers, sa candidature suscite de nombreuses interrogations sur sa capacité à préserver l’indépendance de la banque centrale nationale. Pilier essentiel de la stabilité économique du pays, la Banque de France joue un rôle clé dans la supervision bancaire, la mise en œuvre de la politique monétaire et la préservation de la confiance dans la monnaie. À cette aune, l’indépendance de son futur gouverneur n’apparaît pas négociable.
Soucieux de rassurer les parlementaires, Emmanuel Moulin a insisté sur la solidité de son parcours, rappelant ses années passées au sein de grandes institutions publiques, ainsi que ses expériences dans le secteur privé. «Ma carrière, faite de passages réguliers entre l’État et l’économie réelle, m’a appris la nécessité d’un garde-fou institutionnel : seul un cap indépendant peut fonder la crédibilité d’une banque centrale», a-t-il affirmé. En filigrane, il entend répondre aux voix qui suspectent une proximité excessive avec l’exécutif du fait de ses fonctions actuelles à Bercy.
Les échanges avec les députés ont rapidement mis sur la table les grandes questions qui attendent le futur gouverneur : inflation persistante, financement de la dette publique, surveillance des banques et adaptation de la politique monétaire européenne à un environnement macroéconomique incertain. Emmanuel Moulin n’a pas éludé les difficultés : «Notre institution devra continuer à faire entendre une voix singulière au sein du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne. Indépendance ne signifie pas isolement, mais capacité à peser sur les décisions en défendant l’intérêt économique de la France, dans le respect de notre mandat commun de stabilité des prix.»
Interrogé sur la trajectoire de la politique monétaire, le haut fonctionnaire a déclaré que la lutte contre l’inflation resterait une priorité, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte les conséquences de taux élevés sur le crédit et l’investissement. «Notre boussole demeurera le soutien à une économie résiliente, capable d’affronter les tempêtes sans céder à la tentation de l’argent facile ou du laxisme», a-t-il justifié.
La question de la supervision bancaire n’a pas été éludée. Sur ce point, Emmanuel Moulin s’est engagé à protéger scrupuleusement la robustesse du système financier français. Il a également plaidé pour une vigilance accrue à l’égard du surendettement des ménages et des entreprises, tout en appelant à poursuivre la transition vers une finance plus durable.
À la fin de cette audition, Emmanuel Moulin est sans doute parvenu à lever une partie des doutes concernant son indépendance. Le Parlement doit désormais rendre un avis sur sa nomination. S’il est nommé, il héritera d’une institution à la croisée des chemins, déterminante pour la crédibilité économique de la France et pour la stabilité de la zone euro.
