La rédaction de l’agence de presse portugaise Lusa a entamé mardi une grève de plusieurs jours, marquant ainsi son opposition à ce qu’elle considère comme une menace pesant sur son indépendance éditoriale. À travers ce mouvement de protestation, les journalistes souhaitent attirer l’attention sur les réformes annoncées concernant la gouvernance de l’agence et les financements publics, qui, selon eux, pourraient fragiliser la liberté de la presse dans le pays.
Lusa, principal pourvoyeur d’informations générales destinées à l’ensemble des médias portugais, occupe un rôle central dans le paysage médiatique national. Forte de plusieurs décennies d’expérience, l’agence a toujours défendu sa vocation de service public d’information. Mais aujourd’hui, ses salariés s’inquiètent des conséquences des mesures que le gouvernement souhaite imposer. Le sujet clivant au cœur de la discorde porte particulièrement sur le renouvellement du contrat-programme entre l’État et Lusa, qui conditionne en grande partie les dotations financières publiques versées à l’agence.
Selon les professionnels de Lusa, la prolongation du contrat actuel aurait dû être signée depuis plusieurs mois. Or, le processus tarde à aboutir, et l’exécutif a multiplié les déclarations laissant planer le doute sur ses véritables intentions. Certains syndicats et associations de journalistes redoutent que le gouvernement n’en profite pour influer sur la ligne éditoriale de l’agence, notamment en conditionnant les financements à des critères politiques ou à un contrôle accru des contenus diffusés. Cette perspective soulève un vif émoi, alors que le Portugal jouit d’une place plutôt enviable dans les classements internationaux sur la liberté de la presse.
À l’appel de plusieurs organisations représentatives, la grève a été largement suivie. De nombreux journalistes, rédacteurs, photographes et techniciens de Lusa ont arrêté le travail, entraînant une forte perturbation du flux quotidien d’informations. Les salariés réclament notamment des garanties sur l’autonomie de la direction de l’agence et la préservation du pluralisme rédactionnel. « Nous ne voulons pas que Lusa devienne un outil de propagande, nous voulons continuer à servir les citoyens avec une information libre et indépendante », martèle l’un des membres du comité de rédaction.
Le gouvernement, de son côté, s’est voulu rassurant. Face à la contestation, il a assuré qu’il ne remet pas en cause l’indépendance rédactionnelle de Lusa et s’est engagé à rouvrir le dialogue avec les représentants du personnel. Des négociations sont prévues dans les prochains jours. Mais la mobilisation des journalistes traduit un climat de méfiance alimenté par d’autres signaux d’alerte, à l’image des difficultés rencontrées par plusieurs médias locaux et régionaux, confrontés eux aussi à des problèmes de financement ou à des pressions politiques.
Au Portugal comme ailleurs en Europe, la question de l’indépendance des agences publiques d’information se pose avec acuité, en particulier dans un contexte de mutations rapides du secteur des médias et de concentration croissante des groupes de presse. Pour les journalistes de Lusa, le combat actuel dépasse les murs de leur agence : il s’agit, affirment-ils, de défendre une certaine idée du journalisme, garante de la vitalité démocratique du pays.
