C’est dans un climat d’incertitude persistante que s’ouvre, cette année, la nouvelle édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Intitulé « un monde sans repères », l’événement se propose d’explorer les grandes mutations qui bouleversent les sociétés, les économies et la façon dont les individus se projettent dans l’avenir. Face aux crises successives, de la pandémie à la guerre en Ukraine, en passant par les tensions géopolitiques ou le dérèglement climatique, économistes, chefs d’entreprise, décideurs publics et représentants de la société civile s’interrogent collectivement : comment établir de nouveaux fondements pour penser le progrès et la prospérité ?

Depuis plus de deux décennies, les débats d’Aix-en-Provence constituent un moment central dans l’agenda des idées économiques. Organisées par le Cercle des économistes, ces rencontres réunissent chaque année plusieurs centaines d’intervenants venus de France et de l’étranger. Pour cette édition, marquée par le sentiment d’une perte de repères généralisée, les initiateurs du forum entendent stimuler la réflexion quant à la capacité des économies avancées à relever les défis du XXIe siècle.

La thématique choisie s’exprime sur tous les tons : la montée des inégalités, le ralentissement de la croissance, la transition écologique inaboutie, la difficulté à réguler la mondialisation, ou encore la remise en cause du pacte social. Pour Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, « il s’agit d’un appel à la lucidité mais aussi à la responsabilité collective ». Selon lui, « l’angoisse des temps présents ne doit pas se traduire par l’immobilisme, mais être l’occasion de repenser les grands cadres, les politiques publiques et la place de l’entreprise dans la société ».

L’événement s’organise autour de tables rondes et de conférences faisant intervenir aussi bien des personnalités politiques que des professeurs d’université, des hauts fonctionnaires ou des acteurs du monde associatif. Parmi les grands thèmes à l’agenda : la nécessité de redéfinir le contrat social à l’ère des fractures territoriales et générationnelles, la question de la souveraineté économique – notamment dans les domaines de l’énergie, du numérique ou de l’industrie – ou encore la place centrale à accorder à la jeunesse dans la construction des sociétés de demain.

Les participants placent également l’accent sur l’urgence climatique et la nécessité d’opérer des transformations profondes dans les modes de production et de consommation, sans aggraver les tensions sociales. Les dirigeants d’entreprises, de leur côté, sont invités à s’exprimer sur leur rôle dans la redéfinition des modèles économiques, à l’heure où les critères extra-financiers (gouvernance, responsabilité sociale des entreprises, respect de l’environnement) sont de plus en plus scrutés par les investisseurs comme par l’opinion publique.

La dimension internationale n’est pas en reste. Les Rencontres économiques s’intéressent aussi aux déséquilibres mondiaux, à la réforme des institutions multilatérales et à la réorganisation des échanges mondiaux. Selon plusieurs experts présents, se protéger sans céder au protectionnisme est un équilibre délicat à trouver pour les grandes économies ouvertes.

Loin d’apporter des réponses toutes faites, le rendez-vous aixois ambitionne de dessiner de nouveaux itinéraires dans une conjoncture où dominent doute et fragmentation. De l’avis des organisateurs, il s’agit moins de « restaurer d’anciens repères » que de forger de nouvelles références, à la croisée de l’innovation, de la solidarité et de l’exigence démocratique. Une ambition à la hauteur de l’époque : incertaine, mais décidée à penser l’avenir.

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