Lancé en grande pompe il y a quelques mois, le nouveau visa « gold card » des États-Unis, censé attirer les investisseurs et talents étrangers, tarde manifestement à convaincre. Selon une déclaration récente du ministre du Commerce, un seul de ces visas a été délivré à ce jour, malgré des ambitions affichées pour dynamiser l’économie américaine grâce à un afflux de profils qualifiés venus de l’étranger.

Ce dispositif s’inscrit dans la lignée d’autres programmes d’immigration sélective déployés dans des pays comme le Portugal ou Singapour, où des obtentions accélérées de titres de séjour sont accordées à ceux capables d’investir des montants importants ou d’apporter une compétence stratégique au pays d’accueil. Aux États-Unis, la « gold card » visait une clientèle similaire : entrepreneurs, innovateurs, hauts dirigeants et investisseurs fortunés désireux de s’installer durablement outre-Atlantique.

Pourtant, malgré les efforts de communication du gouvernement fédéral et des agences économiques associées, le dispositif peine à rencontrer le succès escompté. D’après les chiffres communiqués par le ministre du Commerce lors d’une conférence de presse tenue à Washington, seuls quelques dizaines de dossiers ont été examinés, et un unique candidat a pour l’instant réuni les critères stricts exigés pour obtenir le précieux sésame.

Cette contre-performance interroge sur la pertinence des conditions fixées pour l’obtention de la « gold card » américaine. Pour être éligible, il faut en effet justifier d’un investissement initial de plusieurs millions de dollars dans l’économie américaine, ou démontrer une expertise reconnue dans un secteur à forte valeur ajoutée, validée par un comité indépendant. Des exigences plus élevées encore que pour le visa EB-5, déjà réputé difficile d’accès.

Les professionnels de l’immigration et du conseil aux investisseurs pointent du doigt la lourdeur administrative, la complexité des critères ainsi que l’absence, pour l’heure, d’arguments fiscaux suffisamment attractifs par rapport à d’autres destinations concurrentes. « Les États-Unis proposent certes une opportunité exceptionnelle, mais ils doivent aujourd’hui composer avec une concurrence globale accrue sur le marché mondial des talents et des capitaux. Un ticket d’entrée aussi élevé risque de rebuter nombre de candidats potentiels », analyse une consultante spécialisée.

Face à ce démarrage en demi-teinte, l’administration Biden assure rester ouverte à des ajustements. La Maison-Blanche a indiqué suivre de près les premiers retours du terrain. Plusieurs représentants du secteur privé appellent d’ores et déjà à un assouplissement des critères d’éligibilité, voire à la mise en place de mesures d’accompagnement pour aider les candidats à s’établir sur le sol américain. Certains suggèrent également une meilleure campagne d’information, estimant que le dispositif demeure méconnu au-delà de certains cercles d’affaires restreints.

Ce lancement timide intervient dans un contexte où la rivalité pour attirer les talents s’intensifie à l’échelle internationale. Alors que le Canada et l’Australie élargissent leurs propres programmes d’immigration économique, et que l’Europe multiplie les initiatives similaires, les États-Unis se savent sous pression pour préserver leur attractivité. Selon plusieurs économistes, il en va de leur capacité à rester à la pointe de l’innovation et à soutenir la croissance sur le long terme.

Pour l’heure, le ministre du Commerce admet « une déception relative » face à cet accueil pour le moins prudent. Reste à voir si de prochaines réformes permettront au visa « gold card » de décoller et de véritablement contribuer au dynamisme de l’économie américaine.

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