Alors que la France a été une nouvelle fois frappée par des épisodes extrêmes – inondations au printemps, sécheresses prolongées l’été, puis vagues de chaleur inhabituelles –, une question majeure taraude désormais autant les particuliers que les collectivités : pourra-t-on toujours compter sur l’assurance pour faire face aux conséquences des catastrophes naturelles ? La montée en fréquence et en intensité des aléas climatiques remet en cause l’équilibre du système français d’indemnisation.\n\nDepuis près de 40 ans, le régime « catastrophe naturelle » (ou « Cat Nat ») garantissait, à travers un partenariat entre État, assureurs et réassureurs, l’indemnisation des victimes d’événements exceptionnels. Mais, depuis plusieurs mois, la profession d’assurance tire la sonnette d’alarme quant à la soutenabilité de ce mécanisme, conçu à une époque où les sinistres restaient rares et difficiles à anticiper. « Nous assistons à une multiplication des évènements climatiques coûteux, au point que l’économie même de l’assurance est aujourd’hui menacée », déplore un représentant d’une grande société d’assurance française.\n\nLa situation s’explique notamment par la croissance vertigineuse des indemnisations. Selon la Caisse centrale de réassurance (CCR), la facture annuelle des catastrophes naturelles pourrait doubler d’ici 2050 pour dépasser les 10 milliards d’euros par an, contre environ 5 milliards aujourd’hui. Pour les assurances, la répétition des sinistres met à rude épreuve la mutualisation des risques, ce principe central qui sous-tend leur modèle. Les assureurs voient donc leur rentabilité rognée et leurs réserves entamées. Dès lors, certains n’excluent plus de revoir le niveau de leurs garanties, d’augmenter significativement les primes, voire, dans les zones les plus exposées, de ne plus proposer de couverture du tout.\n\nLes implications de ce scénario sont lourdes : sans assurance, ménages et entreprises se retrouveraient face à l’impossibilité de reconstruire après une catastrophe, et les élus locaux redoutent pour leur part une instabilité économique sur leur territoire. Pour certains spécialistes, l’inexorabilité du changement climatique oblige à repenser les fondements du système assurantiel national. « Nous devons évoluer vers un partage du risque à plus grande échelle, peut-être européen, et accélérer les politiques publiques de prévention », suggère un expert en catastrophe naturelle.\n\nFace à cette menace, le gouvernement a ouvert plusieurs pistes : renforcer la prévention et la résilience du bâti, réformer le régime Cat Nat pour le rendre plus robuste, et engager un dialogue avec les assureurs pour préserver la solidarité nationale. Mais rien ne garantit, à ce stade, une pérennité de la couverture pour tous. La Fédération française de l’assurance (FFA) appelle de son côté à une concertation urgente, rappelant que « la tempête du siècle n’est plus une exception mais une nouvelle norme ».\n\nLe débat est d’autant plus crucial que, selon les estimations du GIEC, la France métropolitaine pourrait cumuler, d’ici 2050, une hausse d’évènements climatiques extrêmes de 30 à 40 %. Pour les citoyens, l’assurance, longtemps considérée comme un filet de sécurité infaillible, semble désormais vulnérable à la réalité du changement climatique. Le système, qui reposait sur la rareté relative des désastres, doit inventer un nouveau modèle capable d’absorber des chocs de plus en plus rapprochés – sans exclure personne. Le défi est de taille : protéger, dans la durée, face à un avenir devenu imprévisible.
