Le débat sur l’immigration a été relancé lundi dans le camp de la gauche française, après les déclarations de François Ruffin. Le député de la Somme s’est ouvertement opposé à l’immigration de travail lors d’un entretien accordé à la presse, provoquant l’indignation de plusieurs formations et personnalités de gauche, qui l’accusent de s’aligner sur les thèses du camp conservateur et de trahir les fondamentaux de la gauche.
« Je suis hostile à l’immigration pour le travail », a affirmé François Ruffin, figure du mouvement La France insoumise (LFI), en précisant qu’il ne souhaitait pas que « des gens du monde entier viennent travailler dans nos abattoirs et dans nos champs pour des salaires de misère ». Selon l’élu picard, cette pratique reviendrait à « importer une main-d’œuvre peu protégée pour satisfaire les besoins de certains secteurs », dénonçant le dumping social que favoriserait, selon lui, cette forme d’immigration.
Au sein de la gauche, la réaction ne s’est pas fait attendre. Plusieurs responsables du Parti socialiste, d’EELV et même de LFI ont rapidement pris leurs distances avec François Ruffin. Certaines voix estiment que ces propos alimentent les discours antimigratoires portés par l’extrême droite et fragilisent les valeurs historiques de solidarité et d’accueil portées par la gauche. Une sénatrice socialiste a ainsi regretté « une dangereuse confusion entre la critique légitime de l’exploitation des travailleurs migrants et le refus pur et simple de leur venue ».
Du côté des syndicats et des associations, on rappelle que les immigrés occupent une place cruciale dans de nombreux secteurs en tension comme la restauration, le BTP ou l’agriculture. Pour eux, le problème ne réside pas dans le recours à la main-d’œuvre étrangère, mais dans les conditions précaires et les faibles rémunérations qui y sont associées. Certains, au contraire, estiment que régulariser et mieux intégrer ces travailleurs permettrait de lutter contre le dumping social. « Ce n’est pas en fermant la porte aux travailleurs étrangers que l’on protégera les salaires, mais en revalorisant les métiers concernés et en imposant le respect du droit du travail », insiste un représentant d’une association d’aide aux migrants.
Face à la controverse, François Ruffin a tenté de préciser sa pensée dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Il y défend une position qu’il qualifie de « sociale » : selon lui, la priorité doit être donnée à l’amélioration des conditions de travail et des salaires afin d’attirer la main-d’œuvre nationale vers ces métiers délaissés. Il se dit néanmoins favorable à l’accueil des personnes réfugiées ou venues pour des raisons familiales, tout en réaffirmant sa volonté de « poser un débat de fond sur la place du travail et la dignité des salariés, quelle que soit leur nationalité ».
La polémique intervient dans un contexte politique tendu, alors que l’immigration s’est hissée en tête des sujets de préoccupation dans une partie de l’opinion et que les partis de gauche tentent de maintenir une ligne distincte face aux propositions jugées xénophobes de la droite et de l’extrême droite. Cet épisode met une nouvelle fois en lumière les profondes divergences qui traversent la gauche sur la question migratoire et la défense du modèle social français.
