L’usine lyonnaise de pâtes Lustucru, fleuron du secteur agroalimentaire, est aujourd’hui au cœur d’une controverse liée à la sécurité sur ses chaînes de production. Avant la mort tragique d’un ouvrier, l’établissement avait déjà été le théâtre de multiples incidents et avait fait l’objet de condamnations ainsi que d’alertes répétées, jetant une lumière crue sur la gestion des risques et la prévention des accidents dans l’entreprise.
Selon les éléments recueillis, ce n’est pas un cas isolé qui a débouché sur ce drame, mais bien une succession de défaillances et de signaux d’alarme restés sans effets durables. Plusieurs employés de l’usine témoignent en effet d’un climat marqué par des incidents à répétition sur les postes de travail, certains blessés ayant dû être immobilisés plusieurs jours. « On avait prévenu la direction à maintes reprises sur la vétusté de certains équipements et sur le manque de formation de nouveaux arrivants », confie sous anonymat un salarié présent depuis plus de dix ans au sein du site.
Les archives judiciaires confirment ce tableau préoccupant. L’établissement a déjà fait l’objet de condamnations pour manquements aux règles de sécurité et de santé au travail. Des inspections précédentes de l’Inspection du travail avaient relevé des infractions relatives à la protection du personnel sur certaines lignes de production, soulignant notamment l’insuffisance des dispositifs de protection contre les risques mécaniques ou électriques.
Les syndicats pointent depuis plusieurs années une pression accrue sur les cadences de production et une gestion jugée « au plus juste » des effectifs, au détriment de l’investissement dans la prévention. « Chaque accident du travail devrait servir de leçon, mais nous avons eu le sentiment que rien ne changeait durablement », déplore un représentant syndical, dénonçant une politique du court terme dictée par la recherche de gains de productivité.
Plusieurs alertes internes, formalisées parfois par écrit, avaient déjà été émises par des membres du Comité social et économique (CSE) de l’établissement. Ces rapports mentionnaient l’usure avancée de certains automates, des procédures de consignation régulièrement contournées faute de matériel ou de temps, mais aussi la difficulté pour les opérateurs à s’exprimer librement sur leur ressenti concernant leur sécurité. Malgré ces appels lancés en amont, les améliorations promises se sont souvent limitées à des mesures ponctuelles ou à la rédaction de nouvelles consignes, sans réels investissements dans la modernisation des équipements.
Pour les experts interrogés, la situation de l’usine Lustucru de Lyon n’est pas isolée dans le secteur agroalimentaire, confronté à la double contrainte de la concurrence internationale et de normes de plus en plus strictes. « Face à ces défis, la tentation peut exister pour certains groupes de différer des dépenses jugées non prioritaires, mais ces choix pèsent invariablement sur la sécurité des salariés », rappelle un consultant en gestion des risques industriels.
La mort tragique de l’ouvrier, survenue dans des circonstances qui font encore l’objet d’une enquête, ravive ainsi le débat sur les conditions de travail et la responsabilité des entreprises en matière de prévention. Selon la législation en vigueur, l’employeur doit assurer la sécurité de ses employés en identifiant et en réduisant au maximum les risques présents dans l’entreprise. Une obligation de moyens, mais aussi de résultats, que certains acteurs du dossier estiment aujourd’hui non respectée sur le site lyonnais.
Face à la pression sociale et médiatique, la direction de Lustucru a annoncé l’ouverture d’un audit indépendant et la suspension temporaire de la ligne de production concernée par l’accident mortel. Pour les familles et les collègues du salarié disparu, la douleur s’accompagne d’une exigence de vérité et de mesures concrètes pour éviter que le pire ne se reproduise dans l’avenir.
