Le secteur audiovisuel public français se trouve à un tournant décisif, alors que le rapport remis par l’inspecteur général des finances Benoît Alloncle propose une réforme structurelle en profondeur. Ce document, très attendu par les acteurs du secteur, avance dix mesures phares afin de moderniser et de rationaliser l’audiovisuel public, tout en préservant ses missions de service public et sa capacité d’innovation.\n\nCommandé par le gouvernement dans un contexte de fortes tensions budgétaires et de mutations rapides des usages médiatiques, ce rapport s’inscrit dans la volonté de repenser l’organisation, le financement et la gouvernance de l’audiovisuel public pour le rendre plus agile et en phase avec l’ère numérique.\n\nLa première mesure vise à fusionner les principales entreprises du secteur, à savoir France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde, sous une holding unique baptisée « France Médias ». Cette entité de tête aurait pour mission de coordonner les stratégies et de mutualiser les moyens, tout en maintenant des marques éditoriales distinctes pour chaque entité. Objectif affiché : rationaliser le pilotage des ressources et favoriser les synergies entre l’audiovisuel national et international.\n\nLe rapport Alloncle recommande également de revisiter le mode de financement de l’audiovisuel public. Il préconise l’instauration d’une dotation budgétaire pluriannuelle, assortie d’objectifs clairs de performance, en remplacement de la contribution à l’audiovisuel public supprimée en 2022. Cette réforme vise à sécuriser le financement, tout en exigeant plus de transparence sur l’utilisation des fonds publics.\n\nLe texte s’attarde ensuite sur la modernisation de la gouvernance, proposant de réduire la taille des conseils d’administration et d’y renforcer la représentation de la société civile. Des experts indépendants pourraient y siéger aux côtés de représentants de l’État et des salariés, afin de garantir une prise de décision mieux éclairée et moins politisée.\n\nSur le plan éditorial, le rapport appelle à une accélération de la transformation numérique, en mettant l’accent sur le développement de plateformes et de contenus adaptés à tous les publics, notamment les jeunes générations. Il suggère d’intensifier l’investissement dans les formats numériques et interactifs, ainsi que dans la production de documentaires et de fictions originaux.\n\nLe volet international n’est pas oublié : Alloncle encourage à renforcer l’influence culturelle française à l’étranger via France 24 et RFI, en facilitant les partenariats et la circulation des contenus francophones au sein d’une stratégie coordonnée.\n\nL’auteur du rapport estime également qu’il est urgent de réformer la politique immobilière du secteur, en rationalisant le parc et en cédant des actifs immobiliers jugés non stratégiques, afin de dégager des marges de manœuvre financières. Une optimisation des effectifs, via la formation et la mobilité interne, est également préconisée pour accompagner la mutation des métiers induite par le numérique.\n\nParmi les autres recommandations figurent le renforcement de la coopération avec l’audiovisuel privé, notamment dans le domaine de l’innovation technologique et des coproductions de contenus, ainsi qu’une attention accrue à la diversité et à l’accessibilité des programmes.\n\nCe rapport, qui suscite déjà de nombreuses réactions au sein du secteur, pose ainsi les bases d’un vaste chantier de transformation. Sa mise en œuvre, qui dépendra des arbitrages du gouvernement et du soutien parlementaire, conditionnera la capacité de l’audiovisuel public à rester un acteur central du paysage médiatique dans la décennie à venir.
