Le climat social se tend au sein du studio de développement de jeux vidéo Kylotonn, basé à Paris. Depuis le début de la semaine, une partie des salariés a cessé le travail afin de protester contre des mesures de restructuration jugées menaçantes pour l’emploi. L’annonce de discussions internes concernant un possible plan de départ massif cristallise les craintes sur l’avenir du site et de ses équipes.
La tension est montée d’un cran lorsque la direction de Kylotonn, connu notamment pour ses jeux de course à succès comme la série WRC, a convoqué une réunion exceptionnelle avec les représentants du personnel. Selon plusieurs sources internes, la direction aurait évoqué la possibilité d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), justifié par la récente perte de contrats majeurs avec certains éditeurs et la nécessité d’ajuster la structure aux réalités économiques du marché.
Immédiatement après cette annonce, les représentants syndicaux ont appelé à la grève, dénonçant un manque de transparence de la direction ainsi qu’une absence de concertation avec les salariés quant à l’avenir du studio. « Nous sommes très inquiets pour l’avenir de Kylotonn et de nos emplois. Rien n’a été officiellement décidé mais déjà, la menace d’un plan social pèse sur tout le monde », confie un membre du comité social et économique (CSE) sous couvert d’anonymat.
De leur côté, les salariés grévistes organisent chaque jour des rassemblements devant les locaux du 11e arrondissement pour sensibiliser à leur cause. « Dans l’industrie vidéoludique, la précarité est déjà forte. Nous craignons que ces licenciements, s’ils ont lieu, compliquent encore la situation dans notre secteur, déjà malmené depuis plusieurs mois », explique un développeur présent lors du mouvement. Il rappelle également que Kylotonn, racheté en 2018 par le groupe Nacon, emploie une centaine de personnes, dont beaucoup sont spécialisées dans des métiers pointus du jeu vidéo.
La direction du studio, sollicitée par nos soins, assure n’avoir pris aucune décision définitive pour le moment. « Nous vivons effectivement une période d’incertitude, admet un cadre. Plusieurs options sont à l’étude, dont une réorganisation des équipes. Notre objectif reste de garantir la pérennité de Kylotonn dans un contexte de marché en mutation rapide. » Ce discours ne suffit pas à rassurer les salariés, d’autant que selon plusieurs témoignages, certains projets en cours pourraient être arrêtés ou externalisés à l’étranger.
L’inquiétude s’étend également dans l’écosystème vidéoludique français, déjà secoué ces derniers mois par des annonces similaires chez d’autres studios, qu’ils soient indépendants ou adossés à de grands groupes internationaux. Les syndicats rappellent que le secteur est structurellement fragile et exhortent les pouvoirs publics à renforcer leur soutien à la filière ainsi qu’à la création numérique en France.
Pour l’heure, la direction de Kylotonn indique vouloir poursuivre le dialogue avec les employés et leurs représentants dans les jours à venir. Les discussions devraient permettre de clarifier les perspectives pour l’ensemble de l’équipe, mais l’incertitude reste la règle. En attendant, la mobilisation se poursuit, nourrie par la crainte que ce mouvement social n’annonce le début d’une vague plus large de suppressions de postes dans le secteur du jeu vidéo hexagonal.
