Dans un contexte marqué par de profondes mutations économiques et technologiques, le secteur du cinéma français traverse une période de crise qui suscite l’inquiétude de ses principaux acteurs. Gaëtan Bruel, récemment nommé président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), a pris la parole pour avertir sur la gravité de la situation et la nécessité d’agir rapidement afin de préserver la vitalité et la diversité de la création cinématographique hexagonale.

« Nous vivons un moment de grand danger pour le cinéma », a prévenu Gaëtan Bruel lors de son intervention devant un parterre de professionnels et d’observateurs du secteur. Selon lui, les difficultés rencontrées par l’industrie audiovisuelle française sont multiples et s’accumulent, menaçant à la fois la production, la distribution et la fréquentation des salles obscures.

Plusieurs facteurs convergents expliquent ce contexte anxiogène. En premier lieu, la fréquentation des cinémas peine à retrouver ses niveaux d’avant-crise, malgré la levée des restrictions sanitaires. L’émergence de nouveaux usages, notamment la montée en puissance des plateformes de streaming, a profondément modifié le rapport du public au grand écran. De nombreux spectateurs semblent privilégier le visionnage à domicile, remettant en cause le modèle traditionnel de la sortie en salles.

Dans ce paysage en recomposition, les exploitants de salles attestent de difficultés, parfois structurelles, qui affectent la rentabilité de leur activité. Plusieurs d’entre eux font état de marges de plus en plus étroites, tandis que d’autres, notamment dans les zones rurales ou périurbaines, alertent sur le risque de désertification culturelle. Gaëtan Bruel souligne par ailleurs que cette situation menace également la diversité de l’offre cinématographique : « Si les salles ferment, c’est toute une partie de la création, notamment indépendante et d’auteur, qui risque de disparaître des écrans. »

La production, de son côté, est elle aussi sous pression. Les mécanismes de soutien mis en place depuis des décennies par le CNC permettent encore de garantir un certain dynamisme, mais la viabilité des modèles économiques traditionnels est questionnée. Des voix s’élèvent pour réclamer une adaptation des aides publiques aux nouveaux modes de consommation et de diffusion. Le président du CNC insiste sur la nécessité de maintenir un équilibre entre ouverture à l’innovation et préservation des spécificités du modèle français, notamment sa capacité à protéger les talents émergents et la diversité des œuvres.

Le financement du secteur reste par ailleurs un sujet brûlant. Les investissements privés évoluent sous la pression des incertitudes économiques, tandis que la contribution des plateformes internationales, désormais obligatoires, ne compense pas entièrement les pertes de recettes liées à la baisse de fréquentation des salles.

Conscient de l’urgence, Gaëtan Bruel appelle à l’unité et à la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes du cinéma français. Il plaide pour un dialogue renouvelé avec les pouvoirs publics mais aussi avec les plateformes numériques, afin de dégager des solutions à la hauteur des défis du moment. « Le cinéma français a toujours su se réinventer. Mais cela suppose des efforts concertés, une capacité à innover sans dénaturer l’esprit même de notre exception culturelle. »

Plus que jamais, le secteur a besoin de réponses rapides et ambitieuses pour traverser cette phase critique. Le message du président du CNC est clair : sans sursaut collectif, c’est une part précieuse de l’identité culturelle française qui pourrait s’étioler.

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