Les îles Comores connaissent depuis lundi un épisode de paralysie rarement observé dans leur histoire récente. La quasi-totalité des transports publics, y compris les taxis qui sillonnent habituellement les routes encombrées de la capitale Moroni, ont cessé de fonctionner. A l’origine de ce mouvement de grève massif : l’augmentation brutale du prix des carburants décidée par les autorités courant juin, qui fait flamber les coûts de la vie et suscite une vague de mécontentement populaire dans l’archipel.

Depuis l’aube, les rues de Moroni sont inhabituellement calmes. Les arrêts de bus sont déserts, et les quelques véhicules circulant restent l’exception, alors même que nombre d’habitants peinent à rejoindre leur lieu de travail. La mobilisation, initiée par l’union syndicale du secteur routier et appuyée par différentes organisations de la société civile, vise à dénoncer la hausse des tarifs à la pompe, effective depuis plusieurs jours. D’après les chiffres communiqués par le ministère des Finances, le litre d’essence a augmenté de près de 35 %, franchissant pour la première fois un seuil jugé insupportable par de nombreux Comoriens, tandis que le gasoil affiche une progression similaire.

Face à cette situation, commerçants, enseignants et même fonctionnaires se retrouvent à leur tour bloqués, dans un pays où le transport routier demeure le principal mode de déplacement entre villages et villes. « Nous ne pouvons pas supporter cette hausse, nos revenus n’ont pas augmenté et les salaires sont déjà faibles », confie un chauffeur de taxi contraint de rester au chômage technique, alors que des files importantes se sont formées devant les rares stations-service encore ouvertes. L’approvisionnement en carburant, autrefois déjà irrégulier, s’est aggravé au fil des semaines, accentuant la colère des usagers.

Le gouvernement justifie cette hausse par la nécessité d’ajuster les prix aux conditions du marché international, qui connaissent une envolée depuis plusieurs mois en raison de tensions persistant sur les marchés mondiaux. Mais cette explication peine à convaincre une population pour qui les dépenses de carburant constituent un poste budgétaire crucial. Beaucoup voient dans cette flambée une nouvelle illustration de la fragilité de l’économie comorienne, fortement dépendante des importations et soumise aux aléas extérieurs.

À Moroni, la colère monte aussi contre l’absence d’alternatives de transport et le manque de mesures d’accompagnement pour les ménages modestes. Les syndicats réclament l’ouverture rapide de négociations avec le gouvernement, ainsi que la mise en place de tarifs subventionnés ou de compensations temporaires, afin d’alléger le poids de la hausse sur les familles les plus vulnérables. En milieu de journée lundi, plusieurs manifestations spontanées se sont formées dans les grandes artères, tandis que des groupes d’étudiants se sont joints aux protestataires, appelant à une mobilisation générale.

Alors que l’arrêt quasi total de l’activité économique menace de se prolonger, les incertitudes pèsent sur l’ensemble du pays. Les autorités n’ont pour l’heure consenti qu’à une discussion de principe mais refusent toute marche arrière immédiate sur les prix, invoquant l’impératif de préserver l’équilibre des finances publiques. En arrière-plan, la crise actuelle révèle les profondes vulnérabilités structurelles de l’archipel, confronté aux chocs extérieurs et à la difficulté d’amortir leur impact sur une population déjà fragilisée par la précarité. Reste à savoir si la mobilisation des usagers de la route parviendra à infléchir une politique économique dictée en partie par des contraintes qui échappent au gouvernement local.

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