Le constructeur aéronautique américain Boeing a été condamné à verser 49,5 millions de dollars de dommages et intérêts aux proches d’une victime du crash du vol Ethiopian Airlines 302. Cette décision judiciaire, rendue par un tribunal fédéral de Chicago, intervient cinq ans après l’accident tragique survenu le 10 mars 2019, qui avait coûté la vie à 157 personnes et avait conduit à l’immobilisation mondiale du 737 MAX, l’un des modèles phares du groupe.
La victime, originaire des États-Unis, était parmi les passagers du vol reliant Addis-Abeba à Nairobi lorsque l’avion s’est écrasé quelques minutes après le décollage. Les familles des disparus avaient engagé des poursuites contre Boeing, accusant le constructeur de négligence grave dans la conception et la certification du système MCAS, mis en cause dans la catastrophe ainsi que dans un autre crash ayant précédé celui-ci, en Indonésie en octobre 2018.
Dans sa décision, le jury fédéral a jugé que Boeing avait bien fait preuve d’un manquement grave à ses obligations en matière de sécurité aérienne. Selon les conclusions du procès, le montant alloué servira à compenser la perte et le préjudice moral subi par la famille de la victime, en plus de la douleur et de la souffrance causées par cet accident évitable.
L’affaire s’inscrit dans le sillage d’un scandale majeur qui a ébranlé l’industrie aéronautique mondiale. L’enquête menée après le crash d’Ethiopian Airlines avait révélé que les pilotes n’avaient pas eu le temps de désactiver le système anti-décrochage MCAS défaillant, qui avait précipité l’avion vers le sol à une vitesse fulgurante. “C’est une victoire importante pour notre famille, même si rien ne pourra ramener notre proche disparu”, a déclaré l’un des membres des plaignants, cité par leur avocat.
Boeing a, de son côté, présenté ses excuses et rappelé les améliorations de sécurité engagées depuis les deux accidents du 737 MAX. Le constructeur, déjà confronté à plusieurs autres procédures judiciaires relatives à cet appareil, avait accepté en 2021 de plaider coupable de fraude pénale et d’indemniser les familles et compagnies aériennes affectées. La condamnation rendue ce jour s’ajoute ainsi aux milliards de dollars déjà dépensés par l’entreprise depuis l’éclatement de la crise.
L’impact du drame se fait sentir encore aujourd’hui : la confiance envers Boeing, et plus largement envers certains processus de certification aux États-Unis, demeure ébranlée. Les autorités réglementaires américaines et internationales ont renforcé leurs exigences concernant la sécurité aéronautique, imposant une supervision accrue sur les nouveaux appareils et les procédures d’essai en vol.
Ce jugement s’inscrit néanmoins dans un contexte difficile pour Boeing, qui tente de redorer son image alors que plusieurs incidents récents, notamment des problèmes techniques constatés sur ses modèles 737 MAX et 787 Dreamliner, ont alimenté l’inquiétude des compagnies aériennes et du grand public. La décision de la justice américaine pourrait donner le ton à d’autres poursuites encore en cours concernant les victimes du crash d’Ethiopian Airlines et l’avenir judiciaire du groupe américain.
