Dix ans après le dramatique accident de l’Airbus A320 d’EgyptAir reliant Paris au Caire, le parquet de Paris vient de requérir un non-lieu général, estimant qu’aucune charge ne pouvait être retenue à ce stade contre les personnes ou entités mises en cause. Cette décision suscite la vive incompréhension et la colère des familles des victimes, qui estiment que la vérité sur les causes du drame n’a toujours pas été établie.
Dans la nuit du 18 au 19 mai 2016, le vol MS804 disparaissait soudainement des radars alors qu’il survolait la Méditerranée, une heure après son départ de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. L’accident avait coûté la vie aux 66 occupants de l’appareil – 56 passagers et 10 membres d’équipage. Parmi eux, quinze ressortissants français. Aux premières heures de l’enquête, plusieurs hypothèses ont été avancées, allant d’une défaillance technique à une action terroriste. Rapidement, la justice française avait ouvert une information judiciaire pour « homicides involontaires ».
L’enquête a été longue et complexe, émaillée de divergences d’interprétation entre les experts français et égyptiens. Si la partie égyptienne a maintenu la piste d’un acte criminel, les investigations menées en France ont privilégié l’hypothèse d’un incendie d’origine technique, possiblement causé par la défaillance d’un composant électronique dans le cockpit. Selon les éléments recueillis, une fumée intense avait envahi la cabine dans les minutes précédant la chute de l’appareil, sans que l’alerte n’ait pu être correctement donnée, ni le feu maîtrisé. Des analyses complémentaires avaient pointé du doigt un générateur d’oxygène ainsi qu’un téléphone portable du copilote.
Après dix années de procédure, le parquet de Paris a donc estimé, dans son réquisitoire définitif, qu’il n’existait, « en l’état », aucun élément constituant une infraction pénale, écartant la possibilité d’une mise en examen d’EgyptAir, d’Airbus ou de personnes physiques. « Nous attendions autre chose après tant d’années, déplore Maître Jean-Louis Borie, avocat de plusieurs familles de victimes. Nous n’avons toujours pas les réponses sur ce qui a causé la mort de nos proches. » Du côté de l’association d’aide aux victimes, la décision choque. « Ce non-lieu général est particulièrement difficile à entendre. L’instruction n’a à aucun moment permis de faire la lumière complète sur la chaîne des responsabilités. »
La colère des familles se double d’un sentiment d’abandon institutionnel. Beaucoup d’entre elles déplorent le manque de coopération judiciaire internationale, notamment avec les autorités égyptiennes, soupçonnées d’avoir dissimulé ou même détruit certaines preuves. « Nous avons le sentiment que les zones d’ombre persistent et que l’on souhaite tourner la page sans honorer la mémoire des disparus », confie une mère de victime.
La décision finale reviendra désormais aux juges d’instruction, qui devront statuer sur la suite de la procédure dans les semaines à venir. En attendant, les proches des disparus ne relâchent pas leur combat pour la vérité. La possibilité d’un recours ou de nouvelles actions judiciaires n’est pas exclue, alors que se profile le dixième anniversaire de la catastrophe. Sur le front judiciaire comme sur celui du devoir de mémoire, l’affaire du vol MS804 reste un douloureux symbole de l’attente de justice dans les grandes catastrophes aériennes.
