Depuis plusieurs jours, les pharmacies françaises sont confrontées à une hausse inédite de la demande en masques FFP2. Ce phénomène, qui rappelle la frénésie observée au plus fort de l’épidémie de Covid-19, trouve son origine dans l’inquiétude croissante liée à la propagation du hantavirus dans certaines régions de l’Hexagone.
Le hantavirus, peu connu du grand public jusqu’à récemment, a été détecté chez plusieurs personnes dans l’est et le sud-ouest du pays. Selon les autorités sanitaires, une vingtaine de cas ont été identifiés depuis le début du mois, suscitant l’attention des médias et la multiplication des signaux d’alerte sur les réseaux sociaux. Cette maladie, transmise par l’inhalation de poussières contaminées par les excréments de rongeurs infectés, peut entraîner des symptômes graves et même mortels dans certains cas.
Face à cette montée d’angoisse, de nombreux Français se sont rués dans les pharmacies, les parapharmacies et sur les sites de vente en ligne pour s’équiper en masques FFP2. Ce type de protection est particulièrement prisé pour son efficacité à filtrer les particules fines, réputée supérieure aux masques chirurgicaux standards. « Les ventes ont triplé en moins d’une semaine », témoigne Pierre Chausson, pharmacien à Nancy. « Nous avons été dévalisés, et la plupart de mes collègues sont dans la même situation. » Un constat partagé par le groupement de pharmaciens USPO, qui évoque des tensions d’approvisionnement dans plusieurs villes, notamment à Mulhouse, Pau et Toulouse.
Les autorités sanitaires rappellent néanmoins que le risque d’infection reste limité au grand public. Le ministère de la Santé précise que la maladie ne se transmet pas de personne à personne, contrairement au Covid-19, et que seules les personnes en contact fréquent avec des granges, garages ou abris susceptibles d’abriter des rongeurs infectés sont réellement exposées. Le docteur Hélène Maury, spécialiste en infectiologie au CHU de Strasbourg, insiste : « L’utilisation massive de masques FFP2 dans l’espace public n’est pas justifiée à ce stade. Il est avant tout conseillé de renforcer l’hygiène pour ceux qui travaillent ou vivent dans des environnements à risque, et de bien aérer les espaces fermés. »
Pourtant, la peur semble prendre le dessus sur les recommandations officielles. De nombreux particuliers souhaitent aujourd’hui se prémunir à tout prix. « Depuis lundi, les clients demandent spécifiquement des FFP2, même sans travailler en milieu agricole. On dirait qu’ils craignent une nouvelle vague épidémique », souligne Claire Lambert, pharmacienne à Pau. Résultat : les stocks fondent et certains distributeurs envisagent de rationner la vente de masques dans les prochains jours pour éviter la pénurie.
Cette ruée n’est pas sans conséquence pour les secteurs professionnels réellement concernés. Les agriculteurs, les ouvriers agricoles ou les agents de nettoyage de bâtiments anciens rencontrent déjà des difficultés à s’approvisionner pour leurs besoins quotidiens. Face à la peur collective et au risque de pénurie, les syndicats professionnels appellent à ne pas céder à la panique et à respecter les indications des autorités sanitaires.
Si la vigilance reste de mise, le ministère de la Santé invite la population à consulter uniquement des sources d’information fiables et à ne pas propager de rumeurs infondées. Les experts soulignent qu’aucune mesure de confinement ni de port généralisé du masque n’est actuellement envisagée. Reste à savoir si le retour marqué des masques FFP2 dans les sacs des Français sera un épiphénomène, ou le signe durable d’une société plus attentive au risque infectieux.
