L’annonce du rachat du chantier naval Ferretti par le groupe public chinois Weichai fait grand bruit sur la péninsule. Ce fleuron du yachting de luxe, fondé en 1968 à Forlì, symbolise depuis des décennies le savoir-faire artisanal et l’excellence industrielle italienne. Sa prise de contrôle étrangère attise un mélange d’inquiétude et de ressentiment, illustrant les enjeux économiques et stratégiques liés au passage de grands groupes industriels italiens sous pavillon chinois.\n\nWeichai Power, un acteur de poids dans les moteurs et l’équipement industriel, a officialisé en début de semaine l’acquisition de près de 63% du capital du constructeur, franchissant ainsi la barre du contrôle majoritaire. Cette montée au capital a été facilitée par la dispersion des actionnaires historiques et les difficultés financières rencontrées il y a plus d’une décennie. Ferretti est aujourd’hui consolidé au sein de Weichai, qui avait déjà injecté des centaines de millions d’euros pour restructurer et moderniser le groupe dès 2012, alors en pleine crise.\n\nPour le gouvernement italien, cette opération constitue un nouveau symbole d’une désindustrialisation nationale mal maîtrisée. Plusieurs élus ont publiquement déploré la perte d’autonomie d’une entreprise phare du made in Italy, malgré le maintien affiché du siège et des lignes de production en Émilie-Romagne. Le secteur du yacht, générateur de dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, représente un pilier stratégique pour l’économie de la région, qui craint désormais une délocalisation progressive des activités sensibles.\n\nDans les salons nautiques, la nouvelle fait l’effet d’une onde de choc. Clients et fournisseurs s’interrogent sur le devenir de la marque Ferretti, devenue l’un des principaux ambassadeurs internationaux de l’élégance navale italienne. « Ce genre de rachat inquiète tout le secteur », confie un expert, qui pointe une possible érosion de la culture d’entreprise : « Il faudra s’assurer que le design, l’innovation et la main-d’œuvre restent italiens, et ne se dissolvent pas dans une logique purement financière. »\n\nLe rachat de Ferretti fait suite à une série d’opérations similaires ces dernières années : dans la mode, l’agroalimentaire ou la mécanique, plusieurs modèles industriels italiens sont aujourd’hui passés sous contrôle asiatique. Ce phénomène s’explique en partie par une longue période de faible croissance et de besoin d’investissements extérieurs. Les groupes chinois, disposant de ressources financières importantes, ont su saisir les opportunités offertes par des entreprises fragilisées.\n\nSi Pékin assure vouloir préserver l’identité italienne de Ferretti et maintenir ses racines locales, de nombreux observateurs s’interrogent sur la stratégie à moyen terme du groupe. L’accès au vaste marché asiatique, conjugué à une politique industrielle agressive, pourrait favoriser la délocalisation de certains métiers d’ingénierie ou une montée en gamme du pôle chinois, au détriment de la base italienne.\n\nLes syndicats, pour leur part, appellent à davantage de vigilance de la part des autorités italiennes et européennes. Ils réclament des garanties sur l’emploi et la pérennité des sites historiques, tout en plaidant pour une véritable politique industrielle nationale à même de préserver les acteurs stratégiques du made in Italy.\n\nReste que la prise de Ferretti par Weichai souligne la difficulté croissante pour les entreprises italiennes, même parmi les plus emblématiques, à rester indépendantes face à la mondialisation. Elle rappelle également aux pouvoirs publics la nécessité de protéger le tissu industriel national si l’on veut conserver compétences, savoir-faire et emplois sur le sol italien.
