L’économie russe marque un tournant préoccupant. Selon les données officielles publiées ce jeudi, le produit intérieur brut (PIB) de la Russie s’est contracté au cours du premier trimestre 2024. Il s’agit du premier recul trimestriel de l’économie russe depuis trois ans, illustrant les difficultés croissantes auxquelles le pays est confronté dans un contexte de sanctions internationales persistantes et d’instabilité géopolitique.\n\nD’après Rosstat, l’agence nationale des statistiques, le PIB s’est replié de 0,7% sur les trois premiers mois de l’année par rapport au trimestre précédent. Si ce chiffre peut paraître modéré, il intervient après plusieurs trimestres de croissance ininterrompue, portée notamment par la reprise de la demande intérieure et les soutiens budgétaires massifs prescrits par le gouvernement pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine et des restrictions occidentales.\n\nCe retournement conjoncturel s’explique par plusieurs facteurs conjugués. La pression persistante des sanctions internationales pèse sur les exportations russes, en particulier les hydrocarbures, dont les ventes à l’étranger ont considérablement diminué vers l’Europe occidentale, autrefois premier débouché du pétrole russe. Si la Russie a réussi à réorienter une part significative de ses ventes vers l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, ces nouveaux débouchés imposent cependant des rabais importants, rognant d’autant les recettes du pays.\n\nAutre point de préoccupation, l’accélération de l’inflation, qui érode le pouvoir d’achat des ménages russes. Selon la Banque centrale de Russie, l’indice des prix à la consommation a progressé de plus de 7% sur un an, sous l’effet conjugué de la chute du rouble, de la hausse des coûts des importations et des perturbations logistiques liées aux sanctions. Les ménages russes, frappés par la flambée des prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité, voient leur consommation s’essouffler, ce qui pèse directement sur la croissance.\n\nPar ailleurs, le secteur industriel montre des signes de faiblesse. Si la production militaire sur fond de guerre en Ukraine a permis de soutenir l’activité manufacturière, nombre d’autres secteurs industriels – automobile, aéronautique ou encore construction navale – continuent de pâtir du manque d’accès aux technologies et composants occidentaux. Les investissements étrangers, déjà modestes avant le déclenchement du conflit, se sont raréfiés, affaiblissant encore les perspectives de modernisation du tissu productif russe.\n\nCe ralentissement survient alors que le gouvernement de Moscou tentait de rassurer la population et les marchés sur la résilience de l’économie. Si les autorités russes assurent disposer « des outils nécessaires » pour stabiliser la conjoncture, la contraction observée pourrait fragiliser davantage les finances publiques, déjà mises à mal par la hausse des dépenses militaires et sociales. En réaction, la Banque centrale a d’ores et déjà laissé entendre la possibilité de nouveaux relèvements de son principal taux directeur pour endiguer la spirale inflationniste, au risque toutefois d’étouffer encore davantage l’activité.\n\nÀ moyen terme, nombre d’économistes s’inquiètent des perspectives de croissance pour la Russie. Tant que les sanctions resteront en place et que les tensions géopolitiques ne se résorberont pas, le pays pourrait s’installer dans une période prolongée de stagnation, voire de récession. Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a reconnu que « les défis sont nombreux », tout en assurant que « le gouvernement reste mobilisé pour préserver la stabilité économique ». Reste à savoir si ces mesures produiront rapidement leurs effets ou si la Russie devra composer durablement avec une croissance atone.
