Le groupe de luxe français LVMH a officialisé la cession de la marque américaine de prêt-à-porter Marc Jacobs à WHP Global, une société new-yorkaise spécialisée dans l’acquisition et la gestion de marques emblématiques. Cette opération marque un tournant pour l’empire piloté par Bernard Arnault, qui confirme ainsi sa volonté de recentrer ses activités autour de ses secteurs d’expertise les plus rentables.
Fondée en 1984 par le créateur éponyme, Marc Jacobs a longtemps incarné l’esprit avant-gardiste de la mode américaine. La marque avait intégré le giron de LVMH à la fin des années 1990, devenant l’un des piliers de la stratégie de conquête du marché américain du groupe français. En parallèle, Marc Jacobs assurait la direction artistique de Louis Vuitton de 1997 à 2013, contribuant au rayonnement international de la maison.
Pourtant, ces dernières années, la griffe Marc Jacobs a montré des signes d’essoufflement. Confrontée à une concurrence exacerbée et à l’évolution rapide des attentes des consommateurs, la marque n’a pas réussi à retrouver sa dynamique de croissance d’autrefois. La pandémie de Covid-19 a accentué ces difficultés, perturbant l’activité du secteur de la mode et forçant les grands groupes à revoir leurs priorités en matière d’investissements. Si LVMH a régulièrement assuré son soutien à Marc Jacobs ces dernières années, la rentabilité de la marque peinait à se redresser.
C’est dans ce contexte que WHP Global, déjà propriétaire de marques telles que rag&bone ou G-Star Raw, a manifesté son intérêt pour Marc Jacobs. La société d’investissement mène depuis plusieurs années une stratégie d’acquisition de labels de mode en perte de vitesse mais dotés d’un fort potentiel de redéveloppement. L’arrivée de Marc Jacobs devrait ainsi permettre à WHP d’étoffer son portefeuille et de renforcer sa présence sur le marché international.
Selon un communiqué conjoint, WHP Global prévoit de redynamiser la marque tout en préservant son identité créative. « Nous sommes honorés d’accueillir Marc Jacobs au sein de la famille WHP. Nous croyons fermement au pouvoir de la marque et à son héritage unique dans l’industrie de la mode », a déclaré Yehuda Shmidman, le directeur général de WHP. Les détails financiers de la transaction n’ont pas été révélés, mais des sources proches du dossier évoquent une valorisation équivalente à plusieurs centaines de millions de dollars.
De son côté, LVMH précise que cette opération s’inscrit dans une volonté de se concentrer sur ses marques phares, à l’instar de Louis Vuitton, Dior et Fendi, dont la croissance s’est accélérée après la crise sanitaire, portées par une demande mondiale soutenue pour les articles de luxe. Le groupe entend par ailleurs renforcer son engagement vis-à-vis de l’innovation dans le secteur, en particulier dans la maroquinerie, la joaillerie et l’hôtellerie haut de gamme.
L’annonce de la vente de Marc Jacobs intervient alors que le secteur du luxe connaît de profondes mutations, sous l’effet de la digitalisation et des nouveaux comportements d’achat liés à la génération Z. Face à ces enjeux, la redistribution des cartes engagée par LVMH illustre la nécessité pour les grands acteurs d’adapter leur portefeuille à un marché en constante évolution. Pour WHP Global, le pari consiste désormais à relancer une marque iconique, symbole d’une certaine idée de la mode américaine, tout en l’inscrivant dans les tendances qui façonneront l’industrie demain.
