Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), organisme central d’accompagnement et de financement du secteur audiovisuel français, ne financera pas la production d’œuvres réalisées à l’aide de l’intelligence artificielle. C’est l’assurance solennelle donnée cette semaine par la ministre de la Culture, Rachida Dati, à l’Assemblée nationale, alors que les inquiétudes sur l’impact de l’IA générative sur la création artistique montent au sein de la filière.
Face à la montée en puissance des outils d’IA capables de générer images, textes et sons de qualité professionnelle, de nombreux professionnels du cinéma, de l’audiovisuel et de l’animation en France souhaitent des garanties sur la place de l’humain au cœur de la création. Interpellée à ce sujet lors des questions au gouvernement, la ministre de la Culture a adopté une position ferme : « Le CNC n’apportera aucun financement à des œuvres conçues entièrement ou principalement grâce à l’intelligence artificielle générative. »
Le CNC, clé de voûte du système français de soutien à la création, accorde chaque année plusieurs centaines de millions d’euros d’aides à la production, à la distribution et à la diffusion d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques. Ce financement public, conditionné par des critères précis, vise à préserver la diversité culturelle et à soutenir la création originale. Les déclarations de la ministre viennent donc répondre à un débat vif depuis l’irruption, ces derniers mois, de logiciels génératifs capables en quelques secondes de produire des scénarios, d’illustrer des storyboards ou même de générer des storyboards et des voix de synthèse.
Ce positionnement du ministère s’inscrit dans une réflexion plus globale sur la régulation des technologies d’intelligence artificielle dans le domaine culturel. Au cœur des préoccupations des auteurs et des syndicats : le risque de voir des productions, générées sans intervention créative humaine véritable, capter une partie de l’argent public destiné à l’accompagnement de la création française. La question de la traçabilité des contenus générés, du respect du droit d’auteur et de la protection des emplois culturels a également été soulevée par de nombreux parlementaires.
« L’intelligence artificielle doit rester un outil au service des créateurs, et non s’y substituer », a martelé Rachida Dati lors de son intervention. La ministre a rappelé que le CNC avait déjà commencé à intégrer une vigilance accrue dans l’évaluation des dossiers de demande d’aide, notamment en exigeant des garanties sur la part de travail humain mobilisée dans les créations déposées. Un contrôle approfondi de la nature des œuvres bénéficiaires va être renforcé, afin d’exclure toute production dont l’apport principal serait imputable à une technologie considérée comme autonome.
Ce verrouillage vise également à répondre à la mobilisation croissante des professionnels, qui craignent de voir leur métier fragilisé par une automatisation de la création. Divers collectifs de scénaristes, réalisateurs et techniciens ont récemment interpellé les pouvoirs publics, demandant l’élaboration de règles claires pour encadrer les usages de l’IA dans la production audiovisuelle française.
La prise de position du gouvernement intervient alors que la Commission européenne travaille elle aussi à la mise en place de garde-fous pour prévenir les dérives liées à l’intelligence artificielle dans le secteur culturel. En France, la feuille de route de la ministre prévoit l’ouverture d’une concertation élargie avec les représentants de la filière dans les semaines à venir, afin d’élaborer des dispositifs de contrôle et des critères d’éligibilité renforcés pour l’ensemble des systèmes de soutien à la création.
Avec cette annonce, la France souhaite réaffirmer son attachement à une création audiovisuelle fondée sur le talent, l’engagement humain et la préservation de la diversité culturelle, tout en s’engageant à accompagner la transition numérique de la filière dans des conditions respectueuses des droits des artistes et des techniciens.
