Le climat s’alourdit dans le paysage audiovisuel français. Canal+, propriété du groupe Vivendi dirigé par Vincent Bolloré, a récemment pris une décision qui suscite déjà de fortes réactions dans le secteur du cinéma. Après la publication d’une pétition signée par plusieurs personnalités majeures du septième art pour dénoncer l’influence jugée néfaste de Vincent Bolloré sur la liberté éditoriale, la chaîne cryptée a annoncé qu’elle ne travaillerait plus avec les cinéastes signataires.

« Nous l’avons vécu comme une injustice », confie un cadre chez Canal+, sous couvert d’anonymat. Du côté de la chaîne, la décision serait motivée par un sentiment de trahison, mais aussi par la volonté de réaffirmer une certaine cohérence dans les partenariats. Selon le management, il serait difficile de promouvoir des œuvres réalisées par des professionnels affichant publiquement une défiance vis-à-vis de l’actionnaire principal. Cette rupture de confiance a franchi un cap inédit, bousculant les usages du secteur où, traditionnellement, le débat public et l’expression de critiques restaient dissociés des enjeux professionnels.

Pour les concernés, la pilule est amère. « Nous payons un engagement citoyen », estime l’un des réalisateurs concernés, qui souligne le paradoxe d’une industrie qui fait régulièrement l’éloge de l’indépendance et de la liberté d’expression. La pétition incriminée, signée entre autres par des personnalités du cinéma français primées à Cannes ou aux César, dénonçait le contrôle croissant de Vincent Bolloré sur les médias et mettait en garde contre un risque d’appauvrissement du pluralisme audiovisuel. La réaction de Canal+ est vue, par ces professionnels, comme une tentative de museler les voix dissidentes parmi ses partenaires historiques.

Cette décision ne concerne pas que le petit cercle des signataires. Plusieurs producteurs et distributeurs s’inquiètent à présent de devoir choisir leur camp au risque de compromettre leurs relations avec une chaîne qui, malgré la concurrence grandissante des plateformes, demeure un partenaire clé pour le financement et la diffusion de nombreux films français. D’aucuns redoutent que ce nouvel épisode ne contribue à accentuer la polarisation du secteur, où les différends personnels semblent désormais primer sur les projets artistiques.

Parmi les membres du Syndicat des producteurs indépendants, la mesure choque, mais certains évoquent déjà la nécessité de réfléchir à des alternatives de financement et de diffusion. « C’est un signal inquiétant pour toutes les équipes du cinéma français. Il traduit un durcissement des postures et un risque de censure économique déguisée », déclare une professionnelle du secteur, sous couvert d’anonymat.

Si Canal+ rappelle la liberté des entreprises à choisir leurs partenaires, les syndicats professionnels et les organismes de défense de la création appellent au dialogue. Ils estiment que la diversité du cinéma français et le débat public ne doivent pas être mis sous tension par des considérations actionnariales. La polémique s’invite jusque dans les plus hautes sphères du ministère de la Culture qui, sans commenter la situation, assure veiller de près à la préservation du pluralisme et à la liberté de création au sein de l’audiovisuel.

Dans ce contexte, l’avenir des relations entre la chaîne cryptée et le secteur du cinéma reste incertain. Si le coup d’éclat actuel témoigne de la crispation croissante autour de la gouvernance de Vivendi, il marque surtout un tournant dans les rapports de force du paysage audiovisuel hexagonal. Reste à savoir si cette fracture sera surmontée ou si elle préfigure une recomposition durable des alliances au sein du cinéma français.

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