Le groupe socialiste a annoncé qu’il voterait contre la nomination d’Emmanuel Moulin à la présidence de la Banque de France, marquant ainsi une prise de position résolue face à ce choix du gouvernement. Cette décision, communiquée en amont du passage d’Emmanuel Moulin devant les commissions parlementaires compétentes, vient illustrer des divergences de fond avec la majorité actuelle sur la gouvernance des institutions financières de l’État.
Dans un communiqué, les députés socialistes pointent du doigt le parcours d’Emmanuel Moulin, actuel directeur général du Trésor, et s’inquiètent de ce qu’ils considèrent comme un manque d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Selon eux, la nomination de M. Moulin, qui a été l’un des plus proches collaborateurs de l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire, ne ferait qu’accroître la centralisation des leviers économiques entre les mains du gouvernement. « En choisissant une figure aussi fortement identifiée à la politique économique menée depuis 2017, l’exécutif envoie un signal politique qui n’est pas neutre », explique le parlementaire socialiste Jean-Marc Germain.
La Banque de France occupe un rôle stratégique dans la conduite de la politique monétaire et dans la supervision du système financier. Son gouverneur participe au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne et pilote la régulation bancaire sur le territoire national. Pour la gauche parlementaire, il est impératif que cette institution dispose d’une direction réellement indépendante, à même de servir l’intérêt général au-delà des alternances politiques. « Le choix d’Emmanuel Moulin traduit une volonté de continuité et une absence d’ouverture à d’autres visions économiques, en particulier celles qui accordent davantage de place à la justice sociale et à l’investissement public », déplore Valérie Rabault, députée du Tarn-et-Garonne.
Les socialistes rappellent également qu’Emmanuel Moulin, en tant que directeur général du Trésor, s’est trouvé en première ligne dans la gestion des finances publiques, en particulier durant la crise du Covid-19, période marquée par la multiplication des dispositifs d’aides aux entreprises et l’explosion de la dette publique. Ils reprochent à la majorité présidentielle d’avoir privilégié une gestion technocratique et jugent que les arbitrages d’Emmanuel Moulin n’ont pas toujours permis de répondre aux attentes des ménages, des travailleurs et des territoires les plus fragiles. « Sa vision, trop directement alignée sur les choix budgétaires de Bercy, n’est pas celle dont la Banque de France a besoin dans le contexte actuel d’inflation et de crise sociale », résume Boris Vallaud.
Cette opposition socialiste pourrait toutefois peser de façon limitée, le gouvernement disposant d’une majorité relative et pouvant compter sur le soutien probable de certains groupes pour faire passer cette nomination, soumise à un avis des commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. Cependant, la fermeté affichée par les députés et sénateurs socialistes témoigne des tensions persistantes concernant la gouvernance économique du pays et des interrogations autour du renouvellement des élites à la tête des grandes institutions publiques. Le débat autour de la nomination d’Emmanuel Moulin risque donc de s’inscrire dans une séquence plus large, où se cristallisent les désaccords sur la politique économique et sur la capacité des institutions à garantir le pluralisme des orientations.
Pour autant, les socialistes affirment vouloir poursuivre leur combat pour une Banque de France plus indépendante, accessible à toutes les sensibilités et dotée des moyens de répondre aux défis économiques, sociaux et écologiques du pays. La nomination d’Emmanuel Moulin devrait être formellement soumise aux parlementaires dans les prochains jours, prélude à un nouveau bras de fer politique autour de la direction des institutions financières françaises.
