Le cloud souverain, enjeu stratégique majeur pour les États et les acteurs économiques, est en train de franchir une nouvelle étape en Europe. Thales, groupe industriel français de pointe dans le secteur de la défense et de la sécurité, et le géant américain Google poursuivent l’expansion de leur partenariat. Les deux groupes annoncent l’extension de leur offre de cloud souverain, baptisée « S3NS », au marché allemand, après une première phase lancée en France il y a près de deux ans.
Ce développement s’inscrit dans la volonté croissante des administrations et entreprises européennes de mieux protéger leurs données sensibles, tout en répondant aux exigences réglementaires du Vieux Continent. Pour les autorités allemandes, la question du contrôle et de la sécurité des ressources numériques devient cruciale alors que l’intelligence artificielle et la digitalisation rapide des services accentuent les risques de fuite ou de manipulation des données.
La solution proposée par Thales et Google vise à concilier puissance technologique et souveraineté. Le partenariat repose sur l’exploitation de la technologie d’infrastructure cloud développée par Google, à laquelle s’ajoutent les dispositifs de sécurité, les certifications et la gestion des accès fournis par Thales. Concrètement, cela permet aux entreprises et administrations allemandes d’accéder aux services avancés du cloud tout en s’assurant que leurs données, leur chiffrement et la gestion des autorisations restent sous contrôle local ou européen, à l’abri des réglementations extraterritoriales comme le Cloud Act américain.
Depuis le lancement de leur offre commune en France en 2022, Thales et Google ont notamment séduit des acteurs institutionnels, des entreprises du CAC 40 et des organisations opérant dans des secteurs sensibles, comme la santé, la finance et la défense. L’arrivée de cette solution sur le marché allemand constitue une étape stratégique, l’Allemagne étant le plus grand marché européen de services cloud, selon les estimations du cabinet International Data Corporation (IDC). Le contexte favorise également leur développement: les attentes réglementaires, européennes notamment à travers le cadre du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), et le renforcement des exigences nationales en matière de confidentialité poussent les organisations à chercher des alternatives aux solutions cloud grand public « non souveraines ».
L’offre S3NS devrait répondre à ces préoccupations grâce à son architecture dite « de confiance ». Thales insiste sur la gestion totalement indépendante des clés de chiffrement par des structures allemandes, ainsi que sur la localisation des données dans des centres situés en Allemagne. Ce modèle de gouvernance est censé garantir que ni Thales, ni Google, ni aucune entité extérieure ne puisse accéder de façon unilatérale aux données des clients, renforçant ainsi la confiance des utilisateurs dans la solution proposée.
Reste à voir dans quelle mesure cette offre trouvera sa place sur un marché déjà fortement concurrentiel, où d’autres consortiums européens, tels qu’OVHcloud ou le projet franco-allemand Gaia-X, multiplient les annonces. Pour Thales et Google, l’enjeu sera de convaincre clients publics et privés que la souveraineté numérique peut rimer avec performance, innovation et sécurité accrue. L’initiative intervient alors que la Commission européenne continue de pousser pour une plus grande autonomie stratégique du continent sur l’ensemble des infrastructures numériques.
En s’implantant en Allemagne, Thales et Google affichent leur volonté de structurer un écosystème européen du cloud souverain, répondant aux défis de la cybersécurité et de la protection des données. Ce déploiement est donc suivi de près par les observateurs du secteur, qui voient là le signe d’une montée en puissance des solutions technologiques européennes face à l’hégémonie historique des géants américains.
