Malgré un contexte économique mondial incertain, la France conserve en 2023 sa position de première destination européenne pour les investissements étrangers. Selon la dernière étude annuelle du cabinet EY, l’Hexagone a réussi à attirer 1 194 projets d’investissements directs étrangers (IDE), sur un total de 5 694 en Europe. Cette performance la place une nouvelle fois devant ses voisins britanniques et allemands, confirmant un leadership acquis ces dernières années. Toutefois, la dynamique de l’attractivité semble se tasser et la France doit désormais composer avec une concurrence de plus en plus féroce.

Depuis plusieurs années, la France s’était hissée en tête du classement européen, portée par des réformes structurelles, la stabilité de ses infrastructures et la force de son marché intérieur. Les volontés affirmées en matière de simplification administrative et de compétitivité fiscale avaient favorisé la multiplication des annonces de projets industriels et de centres de recherche sur tout le territoire. Cependant, l’année 2023 marque un léger ralentissement, le nombre de projets français n’ayant progressé que de 1 % sur un an, loin des croissances à deux chiffres observées à la sortie de la crise sanitaire.

Derrière la France, le Royaume-Uni affiche un regain de vitalité malgré l’incertitude politique, avec une progression de 6 % des investissements recensés, à 985 projets. L’Allemagne, quant à elle, stabilise ses performances autour de 733 projets, portée par une politique industrielle musclée et la transformation de son appareil productif. Dans le détail, les secteurs les plus prisés par les investisseurs étrangers en France demeurent l’industrie, le numérique et les services aux entreprises, au prix de batailles de plus en plus rudes pour attirer les investissements face à l’Espagne, l’Italie ou encore la Pologne, qui montent en puissance grâce à des politiques pro-business.

Les experts interrogés par EY soulignent l’importance du facteur humain dans la consolidation de l’attractivité française. La disponibilité de talents qualifiés, la qualité du système de formation et la capacité à accueillir de grands projets industriels restent des atouts majeurs du territoire national. Mais plusieurs signaux d’alerte émergent : la fiscalité sur la production, un environnement réglementaire perçu comme instable par certains investisseurs et la persistance de tensions sur le marché du travail freinent les ambitions de certaines multinationales, qui n’hésitent plus à diversifier leurs emplacements en Europe.

Face à cette compétition accrue, le gouvernement français multiplie les initiatives pour préserver l’emploi, stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité. Plan France 2030, soutien à la transition énergétique, simplification administrative ou encore recentrage sur la formation professionnelle sont autant de leviers mobilisés pour maintenir l’attractivité du pays. « La France demeure une destination privilégiée, mais rien n’est acquis. Il faut redoubler d’efforts pour répondre aux attentes évolutives des investisseurs internationaux », analyse Marc Lhermitte, associé chez EY et auteur de l’étude.

L’avenir du leadership français dépendra désormais de la capacité à accélérer les investissements dans les secteurs d’avenir (industrie verte, intelligence artificielle, santé), à corriger les faiblesses structurelles du marché du travail et à rassurer les investisseurs sur la trajectoire économique du pays. Dans la nouvelle géographie de l’économie mondiale, les cartes pourraient être rebattues plus rapidement que prévu. La France est prévenue : le match de l’attractivité ne fait que commencer.

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