Alors que le débat sur le pouvoir d’achat anime régulièrement la vie politique et économique, les fluctuations du prix du pétrole continuent d’être scrutées de près par les consommateurs comme les entreprises. Pourtant, au cœur des préoccupations qui affectent de manière durable le portefeuille des Français, un facteur structurel pèse davantage : la perte progressive de productivité de l’économie française.
Si le coût de l’or noir suscite immédiatement l’attention, il constitue aujourd’hui un enjeu moins déterminant pour le pouvoir d’achat que la faiblesse des gains de productivité. Les cycles pétroliers, marqués par des hausses et des baisses successives, produisent certes des chocs temporaires sur l’inflation et le prix des biens courants, mais restent relativement modérés sur la trajectoire de la croissance à long terme. La facture énergétique de la France, bien que significative, demeure moins douloureuse qu’à d’autres époques du fait d’une moindre dépendance aux hydrocarbures, grâce notamment à la progression de l’électricité d’origine nucléaire et renouvelable.
Le véritable défi réside davantage dans la capacité de la France à produire plus de valeur par travailleur d’année en année. Or, depuis une décennie, la productivité horaire stagne, voire recule dans certains secteurs-clés. Cette morosité, bien que discrète, a des conséquences importantes sur la croissance des salaires, la création de richesses et, in fine, les possibilités d’amélioration du niveau de vie.
Traditionnellement, c’est la hausse de la productivité qui permit à la France de connaître, pendant les Trente Glorieuses puis jusqu’au tournant des années 2000, une solide progression des rémunérations et une amélioration régulière du pouvoir d’achat. Mais à mesure que ces gains se sont taris, la dynamique salariale s’est essoufflée. Dans un contexte de compétition mondiale accrue, ce manque d’efficacité pénalise la capacité du pays à rester attractif et innovant.
Plusieurs facteurs expliquent cette panne. Certains experts avancent l’insuffisance de l’investissement dans la recherche et le développement, la rigidité du marché du travail, ou encore le morcellement du tissu productif français. D’autres pointent le manque d’adaptation des formations aux nouveaux besoins des entreprises, dans un paysage technologique en mutation constante.
Pour les économistes, l’urgence est donc moins à la régulation du prix du pétrole, sujet certes sensible mais conjoncturel, qu’à la mise en œuvre de réformes structurelles susceptibles d’accélérer la productivité. La priorité pourrait porter sur la stimulation de l’innovation, le soutien à la numérisation des entreprises, l’amélioration de la formation professionnelle et la facilitation de la mobilité de la main-d’œuvre.
En l’absence de telles mesures, les risques sont multiples : affaiblissement durable de la compétitivité, stagnation des salaires et frustration sociale persistante. Un scénario dans lequel les préoccupations légitimes autour du prix du carburant pourraient masquer une réalité plus inquiétante, celle d’une économie à la peine pour générer de nouveaux relais de croissance.
Pour les ménages français, la sensibilité à la variation des prix à la pompe n’est certes pas neutre. Mais c’est davantage la capacité du pays à générer des gains de productivité – et donc à augmenter durablement le gâteau à partager – qui conditionnera la trajectoire future du pouvoir d’achat. Pour y parvenir, un consensus semble émerger : l’ampleur du défi suppose des réponses à la hauteur, au-delà des réponses ponctuelles aux aléas des marchés de l’énergie.
