Christophe Périllat, directeur général de Valeo, leader mondial de l’équipement automobile, voit dans les évolutions récentes de la politique européenne une rupture significative. Dans un contexte marqué par la montée des tensions commerciales et l’adoption de mesures protectionnistes par plusieurs grandes économies, le dirigeant affirme : « Pour la première fois, l’Europe défend ses entreprises et son industrie ». Un constat qui témoigne, selon lui, d’un changement de paradigme au sein des instances communautaires.
L’Union européenne, longtemps attachée au libre-échange et à l’ouverture de ses marchés, a traditionnellement adopté une position de modération face à la concurrence internationale. Cette posture visait à stimuler l’innovation et à offrir aux consommateurs européens des produits compétitifs en provenance du monde entier. Or, de plus en plus de voix alertaient sur les risques d’une telle ouverture, notamment face au développement rapide des industries américaines et asiatiques, appuyées par des politiques publiques volontaristes.
Cette situation s’est récemment cristallisée dans le secteur automobile, pilier de l’économie européenne. L’arrivée massive de véhicules électriques chinois, souvent moins chers que les modèles produits localement, a entraîné une prise de conscience au sein des institutions européennes. Conformément aux attentes de l’industrie, la Commission européenne a ouvert des enquêtes sur les subventions dont bénéficient certains fabricants chinois. En parallèle, elle envisage la mise en place de droits de douane additionnels, pour garantir une concurrence équitable au sein du marché intérieur.
Pour Christophe Périllat, cette évolution traduit un changement tangible. « C’est la première fois que Bruxelles envoie un signal fort en faveur de son industrie », affirme-t-il. « L’Europe rappelle qu’elle n’entend pas rester passive face à des pratiques qui faussent la compétition industrielle mondiale. » Outre le secteur automobile, cette nouvelle doctrine s’étend aujourd’hui à d’autres domaines stratégiques, à l’instar de l’énergie ou de la technologie, où la Commission européenne entend préserver la souveraineté et la compétitivité du continent.
Ce virage survient alors que plusieurs pays, à commencer par les États-Unis, ont massivement renforcé leurs dispositifs de soutien à l’industrie domestique. L’Inflation Reduction Act américain, par exemple, prévoit des centaines de milliards de dollars de subventions pour encourager la transition écologique des entreprises locales. Face à cette concurrence jugée de plus en plus déloyale, l’Union européenne a décidé de s’armer, notamment en assouplissant certaines règles relatives aux aides d’État et en mettant en place des fonds d’investissement pour le développement de filières stratégiques.
Les industriels saluent généralement cette réorientation, bien que certains plaident pour aller plus loin. Pour Christophe Périllat, la défense des intérêts européens ne doit pas se limiter à la mise en place de barrières tarifaires. Elle doit également s’accompagner d’une politique volontariste en faveur de l’innovation et des technologies de pointe, ainsi que de partenariats structurants sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
« L’Europe a longtemps pâti d’un excès de naïveté sur la scène commerciale internationale. Le rééquilibrage en cours est indispensable pour garantir l’avenir de ses champions industriels et préserver les emplois », conclut-il. Si l’Union européenne semble amorcer un virage, la question demeure de savoir si cette nouvelle stratégie saura porter ses fruits sur le long terme face à la vigueur de la concurrence mondiale.
