L’Union européenne envisage, selon plusieurs sources proches du dossier, de s’ouvrir prochainement à Mythos, un système d’intelligence artificielle spécialisé dans la cybersécurité, déjà objet de nombreuses préoccupations. Cette plateforme innovante, développée par la société américaine Virtusys, intègre des capacités d’analyse automatique inédites pour détecter et anticiper la plupart des menaces numériques contemporaines. Mais cette efficacité technologique s’accompagne de craintes sur le plan éthique, politique et stratégique.\n\nDepuis quelques mois, plusieurs gouvernements et agences européennes se disent fortement intéressés par Mythos, cité comme l’une des IA de sécurité les plus avancées actuellement sur le marché international. Face à l’explosion du nombre d’attaques informatiques – en hausse de 36% dans l’Union en 2023 selon l’Agence européenne pour la cybersécurité –, les décideurs cherchent une parade à la hauteur de la menace. Mythos se distingue par sa capacité à traiter des volumes massifs de données, croisant instantanément informations issues de la veille, des réseaux sociaux, ou encore des flux industriels. L’algorithme peut ainsi repérer des signaux faibles de compromission avant même qu’une attaque ne soit déclenchée, une prouesse dont peu d’outils concurrents se prévalent.\n\nCet attrait pour Mythos s’explique également par le contexte géopolitique tendu, la guerre en Ukraine ayant placé la cybersécurité au cœur des préoccupations européennes. Si certains États membres ont développé leur propre arsenal technologique, beaucoup peinent à suivre le rythme imposé par les grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine. « La mutualisation d’une solution aussi performante pourrait créer un bouclier numérique continental », estime un expert de l’ANSSI interrogé sous couvert d’anonymat. Cependant, cette possible adoption fait l’objet de débats intenses, tant les implications sont majeures.\n\nAu centre des interrogations figure la souveraineté des données. Utiliser une solution conçue hors d’Europe – et a fortiori par une entreprise américaine, soumise aux législations sur l’accès aux informations sensibles – inquiète fortement certaines capitales. Les régulateurs pointent le risque que des données critiques européennes transitent par des serveurs étrangers, potentiellement accessibles aux agences de renseignement non-européennes. À Bruxelles, un groupe de travail planche actuellement sur la possibilité d’imposer des garde-fous ou d’exiger des partenariats technologiques incluant un transfert partiel de savoir-faire.\n\nAu-delà des aspects réglementaires, le fonctionnement même de Mythos suscite des inquiétudes quant à son degré d’autonomie. Selon Virtusys, l’IA s’appuie sur des modèles d’apprentissage profond qui lui permettent d’élaborer seule des scénarios d’intervention en cas de menace. Si cette caractéristique représente un atout en termes de réactivité, des experts redoutent que la dépendance à une technologie opaque n’accroisse le risque d’erreurs ou d’actions incontrôlées. « L’enjeu, c’est de garder le contrôle humain en dernier ressort », alerte la députée européenne Clara Montel, rapporteure du récent rapport sur l’intelligence artificielle et la cybersécurité.\n\nLa question est désormais sur la table de plusieurs instances européennes. Le Parlement, la Commission et le Conseil ont, ces dernières semaines, lancé des consultations avec la société Virtusys, mais aussi avec des acteurs alternatifs européens. Tandis que certains élus appellent à accélérer les négociations, d’autres prônent la prudence, préférant renforcer l’écosystème technologique local pour éviter toute dépendance stratégique future.\n\nLe dossier Mythos devrait continuer d’alimenter les débats dans les prochains mois. Tandis que la pression des attaques numériques ne faiblit pas, l’Europe cherche encore la parade, hésitant entre ouverture à la collaboration internationale et affirmation d’une cybersécurité souveraine. La décision qui sera prise pourrait transformer durablement la gestion de la sécurité numérique sur le continent.

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